Et si les animaux étaient comme nous ?

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Décidément, depuis quelques temps les studios Disney enchaînent les succès avec leurs films d’animation : Les Mondes de Ralph en 2012, ode aux classiques des jeux vidéos, l’immanquable Reine des Neiges un an plus tard, suivi du très bon Les Nouveaux Héros en 2015. Cette année, le studio de Mickey revient avec Zootopie et n’a pas à en rougir. Ici, pas d’histoire de princesse, ni de romance, ni même de chansons entêtantes, Disney mise plutôt sur un autre de leur point fort : les animaux. Des rongeurs aux buffles, ce sont eux qui donnent vie au film.

Le récit prend place dans la ville de Zootopia. Ce nom renvoie à l’utopie, à une société idéale et sans défaut, dans laquelle les animaux peuvent vivre ensemble et cohabiter dans la paix. Et en effet, aux premiers abords, Zootopia émerveille, son centre ville accueille une gigantesque fontaine, point d’eau ralliant les animaux. Différents quartiers entourent cette zone, ils correspondent aux habitats naturels des animaux présents dans le film. On peut donc découvrir, entre autres, le quartier enneigé et glacial de Tundratown, le désert de Sahara Square et la jungle humide du Rainforest District. Cette mégalopole représente le monde dans lequel on vit – on retrouve tous les types de climats et de paysages – mais rappelle aussi les quartiers comme Chinatown ou Little Italy, typiques aux grandes villes, où les populations y ont ramené un bout de leur pays pour s’y sentir mieux. Cette succession de paysages merveilleux donne l’impression d’être dans un immense parc d’attraction. Le spectateur a envie d’y flâner, d’y découvrir tous les recoins, tous les détails du décor. Et des détails, il y en a : des trains à trois portes, conçus pour convenir à toutes les tailles d’animaux, à la banque Lemming Brothers, tout prête à sourire. L’esthétique de cette ville est l’un des points centraux du film. Judy Hopps, lapine policière arrive dans cette ville en train, voit tous les quartiers défiler uns à uns par la fenêtre, elle a des rêves plein la tête, mais passe de désenchantements en désenchantements. Derrière le décor fabuleux de Zootopia, derrière les idéaux d’acceptation et d’intégration se cache une toute autre réalité.

Car bien que très sympathiques, les animaux restent divisés en deux groupes : les proies et les prédateurs. Les prédateurs ont accès bien souvent au haut de l’échelle sociale, peuvent exercer des métiers physiques, ils dominent la ville. Les proies, quant à elles, souffrent de discriminations, elles sont sous-estimées. La hiérarchie est établie dans cette ville, pourtant Judy Hopps est bien décidée à entrer dans la police et à y faire ses preuves. Premier lapin à entrer dans les forces de l’ordre de la ville, elle n’est pas prise au sérieux, et est reléguée aux contraventions. Mais suite à la disparition de Mr Otterton, une loutre sans histoire, Judy va démarrer une enquête et se retrouver plongée dans une affaire beaucoup plus complexe qu’elle ne le pensait. Aidée par le renard Nick Wilde, un arnaqueur de première, qui la suit bien à contrecœur, elle part à la rencontre de toutes sortes de personnages, du paresseux travaillant dans une administration au yack aux allures d’un Bob Marley mal réveillé et propriétaire d’un club naturiste, elle en voit de toutes les couleurs ! L’histoire de Zootopia se révèle ainsi être une intrigue policière, qui en profite pour utiliser les codes de Buddy movie tels que L’Arme fatale, c’est savoureux. On retrouve deux personnages principaux aux antipodes, des répliques cinglantes, de nombreux sketchs, et beaucoup d’autres références à des œuvres cultes, dont comme  Le Parrain ou Breaking Bad.

Les problèmes que rencontre Judy Hopps nous sont familiers, ce sont des thématiques contemporaines, qui nous parlent : sexisme, racisme, discriminations … Tout y passe. Les animaux forment finalement une satire de notre société où l’administration est représentée par un tas de paresseux, où une femme peine à s’imposer dans un monde d’hommes, et où les plus forts l’emportent. Cependant, comme dans une fable, Disney finit par nous prouver que les apparences peuvent être très trompeuses, que le plus petit animal peut aussi être le plus dangereux, et que le plus inoffensif peut être le plus calculateur. Le pari est réussi pour les deux réalisateurs, Byron Howard et Rich Moore, “Zootopie” provoque le rire, fascine, et éblouit, quel que soit l’âge que l’on a.

Julie Jouhaud