Wrong Cops, drôle d’Oizo

Pas facile de savoir à quoi s’attendre avec Quentin Dupieux après le très controversé Steak, l’audacieux Rubber et le décevant Wrong de 2012. Le réalisateur reste un expérimentateur au cinéma comme en musique (il fût un des premiers à vanter l’image reflex) et ses films sont très souvent transgressifs à bon nombre de niveaux. Il trouve ses fans dans la jeunesse bercée par Sébastien Tellier et les membres du label Ed Banger. Car c’est finalement sous le pseudonyme de Mr Oizo que nous connaissons l’homme, décidément obsédé par le « wrong », mot que l’on retrouve dans ses titres et à de très nombreuses reprises dans ce film absurde et assumé. Mais Quentin, « What is wrong with you ? ».

Si Wrong Cops fait rire plus souvent, le sujet est plus grave que d’habitude. Dupieux insère de petits renvois (plus ou moins lourds à digérer) à ses anciens films, il montre une certaine autocomplaisance, celle du réalisateur qui ne cherche plus son style. Cette fois, il nous présente environ cinq policiers loufoques dans un paysage ardent qui n’a plus aucune règle, à l’exception de celle du vice et de l’absurde. L’un deale de la marijuana dans des rats à tout son quartier, un autre braque des inconnues pour voir leurs seins, et c’est ainsi que le spectateur rit jaune. L’angliscisme du titre renvoie à trois mots en français qui sont : mal, faux ou mauvais. Cela tombe plutôt bien puisque les personnages sont les trois.

L’humour du réalisateur est réellement réservé aux initiés même si c’est un peu moins visible dans ce film. Il cache des thèmes plus souterrains sous une atmosphère étouffante d’Amérique profonde qui risque apparemment de devenir son éternel terrain de chasse. Partagé entre sa fascination infantile pour le crime (forcément américain) et un cynisme qui permettrait de justifier le manque de contenu, Wrong Cops tombe plus que ses prédécesseurs dans le gag facile, presque déjà vu. En revanche, les personnages sont travaillés. Ils ont tous leurs petits stéréotypes et leur côté survivaliste vraiment drôles. Le réalisateur noie ce qui semblent être de vraies questions existentielles sous un flot d’absurdité revendiquée, son film en ressort moins profond.

Du côté de l’esthétique, on retrouve ce goût très prononcé pour le bling bling américain que l’on avait chez Wrong ou Steak, encore une fois accompagné par notre Eric Judor national. Ce dernier incarne d’ailleurs avec brio un flic borgne et moustachu qui s’obstine à vouloir faire de la musique malgré un manque de talent que le spectateur est libre d’approuver. Ironie de la chose, ses compositions ne sont autres que celles de Quentin Dupieux lui-même, ce qui donne un côté clip promotionnel à tout le film. Elles sont faites de bruits stridents, d’un rythme vif et d’un charme électronique. Elles s’arrêtent puis redémarrent en accompagnant la lente agonie du voisin « coffré ».

Pour conclure, si vous vous attendiez encore à un film long et décalé à la Steak : c’est raté. Wrong Cops c’est la maîtrise pure de l’univers Dupieux qui se rend plus accessible, peut être plus drôle car moins lent, plus structuré (même si le réçit est assez simpliste) mais aussi plus anxiogène. On ne suit plus un pneu errant ni un gang buveur de lait ou un ravisseur de chien mais une troupe de pommes pourries déguisées en policiers, lutteurs acharnés dans ce monde qu’ils qualifient finalement d’enfer (certains rapprocheront de manière blasphématoire Dupieux aux dadaïstes du début du siècle). Car s’il n’y a pas besoin de se forcer pour rire, les personnages ont comme un goût amer, une mélancolie qu’ils cachent derrières leurs vices et leurs insignes. Il y a comme une impression de « dernier jour de l’humanité » dans les films de Dupieux, un peu comme s’il ne voulait s’adresser qu’aux jeunes de ses soirées. Dommage, car il y a des clubs où la musique est bonne et où l’on rit, mais où la nostalgie prend le dessus tant le cocktail n’est plus aussi réussi qu’avant.

Virgile Lambeaux