Voyage intérieur

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Classique, prévisible, roublard, sans réel souffle, voilà ce que l’on dira d’une manière hâtive de « Wild », le dernier film de Jean-Marc Vallée qui après « Café de Flore » (2012) et « Dallas Buyers Club » (2013), s’attache encore une fois au parcours d’un personnage « a fêlure ». « Wild » est un film viscéral sur la rédemption d’une femme, Cheryl Strayed (« errant ») magistralement interprétée par Reese Witherspoon.

Un jour, après quelques années d’une vie sans sens, Cheryl Strayed choisit de se confronter au PCT (le « Pacific Crest Trail », littéralement « le Chemin des crêtes du Pacifique »), le sentier de randonnée le plus long, le plus difficile et le plus sauvage d’Amérique, comme un chemin de croix, ne sachant pas si elle ira au bout, mais en étant persuadée qu’elle se retrouvera. C’est avec cette conviction qu’elle effectuera quelques 1600 kilomètres, seule avec elle-même, les souvenirs de son passé, dont celui de sa mère (magnifique Laura Dern).

« Wild » de Jean-Marc Vallée repose littéralement sur les épaules de Reese Witherspoon. La caméra du réalisateur d’origine canadienne la suit au plus proche de ses mouvements, capte le moindre de ses doutes et la situe dans une nature sauvage tel un point minuscule. La structure du récit de Jean-Marc Vallée est en flash-back, ce n’est que petit à petit que le puzzle se reconstruira sur la vie de Cheryl Strayed, et que le spectateur connaitra sa motivation. Le parcours de Cheryl Strayed n’en sera que plus initiatique. Partie avec un sac trop lourd pour elle (appuyons sur la métaphore), ce n’est qu’au dernier kilomètre qu’elle réalisera le chemin (forcement) intérieur qu’elle a parcouru.

C’est en 1995 que la véritable Cheryl Strayed, 26 ans à l’époque, s’est lancée sur le PCT, et a parcouru ce chemin qui la mena de la frontière mexicaine à la frontière canadienne. Cheryl Strayed tira un livre de cette expérience (« Wild : From Lost to Found on the Pacific Crest Trail ») dont les droits furent achetés par Reese Witherspoon avant sa sortie en 2012. L’actrice américaine y voyant un rôle fort, le parcours d’une femme participant du rêve américain, dans une histoire s’approchant, avec un point de vue féminin, d’ « Into the Wild » de Sean Pean.

« Si c’est au-dessus de tes forces, dépasse-toi. »

Emily Dickinson et Cheryl Strayed (citation reprise par Cheryl Strayed dans le registre du Pacific Crest Trail)

« Wild » offre l’opportunité à Reese Witherspoon de varier son registre en campant un personnage qui n’est pas aimable et qui fait preuve d’égoïsme. Un personnage qui se lance dans son périple par punition pour au final rentrer dans le critère du rêve américain de la self made woman qui s’est forgée elle-même sa rédemption. La performance physique de Reese Witherspoon ajoutée à sa composition devrait lui permettre de se situer en bonne place pour décrocher, après « Walk the line » (2005), un second Oscar. Laura Dern, elle, concourera dans la catégorie des seconds rôles.

« Wild » est à conseiller à tous ceux qui aiment les grands espaces au cinéma, ainsi qu’à tous ceux qui aiment les films de rédemption. Noter qu’il bénéficie d’une remarquable bande originale, les scores participant à illustrer l’état intérieur de l’héroïne.

François CAPPELLIEZ