Retour au Père

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C’est un ambitieux et très beau  premier film de Sylvain Desclous qui nous arrive là.

Par le prisme d’un métier à la fois omniprésent et méconnu, celui de vendeur, le réalisateur nous dresse un portrait impitoyable et plein d’espoir de notre époque.

L’histoire nous fait partager une tranche de la vie de Serge, «  Rolls  » des vendeurs de cuisines, qui écume les routes depuis trente ans au volant de sa vieille BMW, symbole de sa réussite, dérisoire au regard de ce qu’il a râté.

Sa vie de nomade le prive de toute relation authentique avec les autres, en particulier sa famille. Après ses journées de labeur, il erre dans des hôtels impersonnels et a recours aux amours tarifées en guise de substitut affectif. C’est d’ailleurs avec une prostituée qu’il parvient à nouer une relation presque authentique, comme si faire le tapin et être vendeur était la même chose finalement.

Dans une version lessivée et qui a mal tourné de son Patrick Abitbol de “La Vérité si je Mens”, le trop sous-estimé Gilbert Melki, notre Al Pacino à nous, est absolument bouleversant dans le rôle de Serge. Il parvient à merveille à faire entrevoir ses cicatrices névrotiques derrière son côté fanfaron. Lorsque son fils Gérald, joué par Pio Marmaï, déboule dans sa vie, il prend conscience de son vide tout en amorçant une douloureuse renaissance en embrassant son rôle de Père.

vendeur photo pour illustrer

Les scènes de vente, quasi documentaires, sont savoureuses et injectent un peu d’humour en brocardant les pratiques commerciales à demi-mafieuses de ces vendeurs qui ne jurent que par le pognon qu’ils rapportent et en font le seul mètre étalon du respect et de l’estime qu’ils se portent à eux mêmes et aux autres.

Derrière l’histoire d’un père et son fils, nous entrevoyons une dénonciation de notre société dominée par les rapports marchands, contractuels, hiérarchiques basés sur l’argent (et donc le sable) par opposition aux rapports filiaux, indéfectibles eux, basés sur l’amour. Car c’est ce lien filial qui se reconstruit au fil du film entre Serge et son fils qui va constituer leur planche de salut à tous les deux. A mesure que Serge redevient un père il s’éloigne des faux-semblants que lui tendait son métier.

Délicatement réalisé, solidement scénarisé, ce premier film est un coup de maître et laisse entrevoir une carrière prometteuse.

Magnifiquement interprété par un casting pertinent  : le magnétique Pio Marmaï, la sublime Sara Giraudeau mais aussi l’excellent Pascal Elso, ce film bouleversant sur la filiation et l’héritage est un de mes coups de cœur de l’année.

 

Fouad BOUDAR