Une virée en enfer

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Neuf ans après l’adaptation du premier opus de Frank Miller, Robert Rodriguez continue à remuer le couteau dans la plaie ; en profitant au maximum des progrès de la technologie qui dorénavant nous permettent de cerner chaque détail du moindre plan avec une netteté incroyable. Le spectateur est plongé littéralement dans le décor, faisant de ce dernier, le témoin direct de l’action. Sont privilégiées les deux couleurs de censure (le noir et le blanc), marque de fabrique de la bande dessinée et par conséquent du précédent film, seuls certains vêtements, ainsi que les lèvres et les yeux des protagonistes, sont colorisés, avec une nette prépondérance pour les couleurs chaudes, en particulier le rouge afin de bien souligner tentation, sang, agressivité et de façon métaphorique l’interdit, a contrario, le regard d’Éva Green est marqué par une couleur froide, en l’occurrence, le vert, habituellement symbole d’apaisement voire de sérénité. Mais ici, changement de registre : cette teinte accentue surtout cette sensation d’avoir affaire à une vipère, archétype de la jalousie, faisant écho au texte de Shakespeare dans Othello, Iago  y affirmant : «Le monstre aux yeux verts personnifiant la jalousie».

Un rôle de femme fatale sans tabou, intimement sensuelle, que la fille de Marlène Jobert incarne toujours avec bonheur. Après le Western, -rappelez-vous de « The Salvation», elle s’attaque à un nouveau genre avec toujours autant de présence à l’écran. Quant à Bruce Willis qui endosse de nouveau le rôle qu’il interprétait dans le premier épisode, il se voit réduit à la portion congrue. Pas vraiment surprenant au regard du scénario. Les fans seront bien évidemment déçus mais les autres se consoleront avec la prestation de Mickey Rourke. Quel plaisir de retrouver l’acteur au mieux de sa forme. Sa traversée du désert, semble ne plus être aujourd’hui qu’un mauvais souvenir. Mais le vrai boss, c’est incontestablement Joseph Gordon Levitt. Le gamin de « troisième planète après le soleil » n’a pas fini son ascension vers le firmament des stars hollywoodiennes. Parmi les nouveaux venus, arrêtons-nous sur la présence significative de Christopher Meloni. Loin de l’univers, pour lui familier de « New York, unité spéciale », il tire avec brio son épingle du jeu.

Cette rencontre entre le septième Art, le cinéma, et la bande dessinée (neuvième dans le classement), au bout du compte, n’accouche pas d’un monstre. La folie d’un Robert Rodriguez prolonge, somme toute, fort bien, l’univers déjanté d’un Frank Miller. Ce n’est déjà pas si mal. Surtout si l’on se remémore toutes les tentatives avortées qui jalonnent cette histoire commune.

JULIEN IMPE