Une traversée du désert...

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Ridley Scott, 77 ans au compteur, est plus actif que jamais. En tournant en moyenne un film par an depuis une dizaine d’années tout en prenant soin de ne jamais se répéter, le réalisateur alterne régulièrement entre films d’auteur à petit budget (« Les associés », « Une grande année », « Hannibal », etc…) et blockbusters démesurés comme lui seul en a le secret (« Gladiator », « Kingdom of heaven », « Prometheus », etc…).

Son petit dernier, « Cartel », une descente aux enfers de haute volée portée par un casting prestigieux, étant à ranger dans la première catégorie, il était presque logique que Ridley Scott se tourne une fois de plus vers un projet de grande envergure, 2 ans après un « Prometheus » qui a fortement divisé la critique comme le public.

Le réalisateur nous propose donc un retour vers un genre auquel il a largement redoré le blason avec « Gladiator » : le péplum. À l’instar de son confrère Darren Aronofsky, qui en début d’année nous proposait sa version de l’histoire de Noé dans son film éponyme, c’est dans la Bible que Ridley Scott puise son inspiration pour trouver son sujet. Il décide ainsi d’adapter l’histoire de Moïse sur grand écran, un projet loin d’être facile, autant pour d’évidentes raisons religieuses (les versions de cette histoire variant selon les cultures) que cinématographiques (succéder aux « Dix Commandements » de Cecil B. DeMille n’est pas une mince affaire!).

Unanimement reconnu comme étant d’une grande rigueur quant à la mise en scène de ses films, Ridley Scott ne déroge pas à la règle et signe une fois encore un film d’une maîtrise visuelle totale. On se souvient avec émerveillement des décors et de l’ambiance sombre et désabusée de « Blade Runner » et d’ »Alien », de la reconstitution minutieuse de l’empire Romain dans « Gladiator » ou napoléonien dans « Les duellistes », ou encore des batailles épiques et démesurées de « Kingdom of Heaven » et de « Robin des bois ». Scott ne déroge pas à la règle et respecte ces trois aspects à la lettre dans « Exodus ». La reconstitution de l’Égypte antique est absolument fabuleuse.

En alliant décors réels et rajouts numériques, le rendu est des plus réalistes et contribue largement à rendre l’immersion quasi-totale. Pyramides, temples, palais mais également cavernes, mines ou cahutes, tous les décors fourmillent de détails et sont mis en valeurs par des éclairages appropriés, offrant un rendu des plus naturels.

De tels décors méritaient donc une réalisation en conséquence et, une fois encore, Ridley Scott prouve qu’il est loin d’être manchot avec une caméra. La réalisation est très soignée et certains plans absolument magnifiques donnent l’impression d’assister à une fresque vivante (la scène des dix plaies d’Égypte est à elle seule une école de cinéma). Un véritable régal pour les yeux, malheureusement gâché par un montage vraiment décevant.

Que l’on connaisse l’histoire de Moïse ou non, on sera forcément dérouté par les choix de la production quant aux coupes à effectuer. Il est évident que pour pouvoir raconter une histoire aussi vaste que celle-ci sans omettre aucun détail, il faudrait que le film ait une durée d’au moins 4h. Les coupes sont donc une étape nécessaire, à condition qu’elles ne nuisent pas au bon déroulement de l’histoire ou de la compréhension globale. Et c’est justement là le gros point noir du film : on ressent clairement de nombreux vides scénaristiques dans le déroulement de l’intrigue, certains passages ayant été volontairement écourtés au profit d’autres moins intéressants.

Ainsi, si certaines batailles peuvent s’étaler sur une dizaine voire une quinzaine de minutes, il ne faut compter que 20 malheureuses minutes en début de métrage pour nous présenter les personnages, leurs liens et les enjeux dramatiques. Dommage car tout le monde ne connaît pas la bible sur le bout des doigts et on regrettera ainsi de voir des scènes aussi importantes que la fuite de Moïse et sa reconversion en berger, se faire écourter pour ne durer que 5 petites minutes à la fin desquelles on se contentera d’un « 9 ans plus tard ». Un comble, d’autant que sur le même sujet, le dessin animé « Le prince d’Égypte », produit par Dreamworks, était bien plus complet.

On a donc clairement du mal à se passionner pour une histoire qui peine à captiver tant elle élude certains passages pourtant essentiels à la compréhension de l’œuvre. Ces facilités scénaristiques auront d’ailleurs à subir les foudres des différentes communautés religieuses. En effet le film est d’ores et déjà interdit au Maroc ainsi qu’en Égypte, ces pays reprochant au film un manque évident de clarté quant à certains points de l’œuvre originale.

Ces coupes ont également un impact énorme sur le sort de certains personnages. Le rôle de Sigourney Weaver, qui joue ici la mère de Ramsès, se voit réduit au rang de pure figuration (2 phrases prononcées par l’actrice durant tout le film!!!) alors qu’elle est censée être la principale influence du Pharaon dans son parcours. Ben Kingsley et Aaron Paul ne s’en sortent guère mieux car si leur rôle est primordial dans la quête de Moïse, il devient plus que secondaire dans le film et relève presque de l’anecdotique.

Et puisque nous en sommes aux acteurs, il est décevant de constater que de grands talents comme Christian Bale ou Joel Edgerton se contentent du minimum syndical, le premier en adoptant un jeu fade et sans nuance, et le second en cabotinant de façon excessive.

Il manque donc beaucoup à « Exodus » pour obtenir le souffle épique de films tels que « Gladiator » ou « Kingdom of heaven », malgré des scènes de batailles gigantesques et impressionnantes. Si « Noé » de Darren Aronofsky péchait par une réappropriation trop personnelle (voire assez déroutante) de l’œuvre originale, « Exodus » souffre du mal contraire en se contentant d’aligner sagement les morceaux d’une histoire qui aurait largement mérité 30 minutes de plus et un traitement moins conventionnel. À défaut d’un digne successeur aux « Dix commandements » de Cecil B. DeMille, on se contentera donc d’un blockbuster fort bien réalisé, mais bien peu passionnant.

Steve Thoré