Une poupée de son

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Il y a un peu plus d’un an sortait «The Conjuring : les dossiers Warren» de James Wan, film dans lequel une poupée nommée Annabelle faisait son apparition. John R. Leonetti, directeur de la photographie sur ce projet s’attaque alors à la production d’un film sur une figurine maudite. Néophyte en la matière – il ne peut revendiquer qu’une piètre participation sur « Chucky»- « Annabelle » n’est en fait que son troisième long- métrage en tant que réalisateur. Les deux précédents étaient « Mortal Kombat : Annihilation » et  « L’Effet Papillon 2 », qui  sont loin d’être des chefs d’oeuvres cinématographiques.

Léonetti surfe donc sur la vague du prequel, à croire que le cinéma, à l’heure actuelle, est sérieusement à court d’idées originales. Le film commence par une introduction écrite «certaines poupées peuvent être possédées »… à ce stade, nous regrettons déjà l’excellent «Exorciste version longue » qui lui, au moins, prenait le temps d’expliquer aux spectateurs le mythe de Pazuzu et de sa malédiction… Ici rien, le vide abyssal : l’histoire débute un an avant l’intervention des Warren. John Gordon offre une poupée à sa femme Mia, qui les collectionne, à l’occasion de la naissance imminente de leur fille. La future mère installe Annabelle dans la chambre de l’enfant à naître… Un focus se fait alors sur la télévision allumée, le journal relate l’histoire des massacres de la secte de Charles Manson. Chouette nous voilà sur un bon sujet !

Que nenni… cela sert juste d’information spatio­temporelle, quelle déception ! S’en suit un condensé de clichés, de plans fixes sur un rideau qui bouge, de gros plans sur l’arrière train de l’actrice, bref rien de transcendant, quant aux costumes et aux décors, ils permettent de situer le déroulé des faits en 1967. Petite nouveauté, le couple est loin de l’image traditionnelle des films d’horreur/ épouvante, ici on y voit deux êtres s’aimant envers et contre tout, un mari qui fait confiance à son épouse et ne la croit pas folle. Les Gordon obtiennent donc à l’unanimité du jury le titre du meilleur couple de l’année. Trêve de plaisanteries.

Bien que le film s’ouvre sur une scène violente, un barbu satanique, référence on ne peut plus explicite à Charles Manson, le commanditaire de l’assassinat de Sharon Tate, la compagne de Roman Polanski, accompagné d’une jeune fille aux mœurs débridées et sanglantes. Le bal peut débuter : scènes d’égorgements, rituels démoniaques et autres joyeusetés. Annabelle est « enfin » devenue une poupée maudite !

On s’attend donc à ce que le cauchemar des Gordon commence, mais c’est surtout celui du spectateur qui va suivre. Ce film est horriblement long, pas moins d’une heure de pur ennui : il fallait oser nous infliger pareil supplice. Ce produit est à classer dans la catégorie « mortel ennui » au même titre que la saga des « Paranormal Activity » La poupée, Annabelle, devient la seule référence à l’horreur, mais quelle horreur ? Ce personnage est totalement inanimé, très loin d’un Chucky jubilatoire, galopant sur ses petites jambes pour commettre des crimes, et qui par la même occasion proférait des insultes plus vulgaires les unes que les autres, avec son ignoble voix de crécelle, Annabelle, reste, elle, désespérément, affreusement muette et immobile. Explication des scénaristes : la poupée n’est pas réellement possédée, elle est juste «manipulée» par un démon. Oui, vous avez bien lu, elle ne bouge pas d’elle­-même, c’est un suppôt de Satan qui la déplace dès qu’on a le dos tourné ! Une  heure de gros plans sur les yeux vides d’une poupée laide, immobile, c’est créer l’angoisse chez le spectateur, l’angoisse de se demander quand cette mascarade cessera! Le fameux succube hantant la poupée est certainement la seule source d’horreur du film, mais hélas il est très peu présent à l’écran.

Au final, nous avons du mal à comprendre pourquoi ce poncif monotone et barbant est considéré par une partie non négligeable de la critique comme «le film de l’année 2014 », « Annabelle » avait certes un réel potentiel, un filon exploitable mais la mise en scène sans imagination du réalisateur, en  fait un objet plat et mou, sans la moindre inspiration. Même si le jeu des acteurs reste bon et les premières scènes sympathiques, il ne vous restera chers amis cinéphiles qu’une bonne demi-heure où seule une poignée de scènes parviennent à faire frémir et susciter un certain stress. Comble de l’ironie, aucune d’elles ne contiennent la poupée ! Bref un spectacle réservé aux adolescents qui n’ont jamais vu les classiques du genre.

Pour Halloween qui approche à grands pas, nous vous conseillons plutôt une soirée cocooning, avec au programme: « L’Exorciste version longue », « Amityville, la maison du diable », « Poltergeist », « An American Haunting », sans oublier le mythique « Shining ». C’est encore dans les vieux pots que l’on crée les meilleurs frissons

MARJORIE LEMAIRE