Une Histoire d’Amour

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Attention, « Love is strange » ne bénéficie que de trente-huit copies pour son exploitation sur le sol français, il ne serait pas étonnant que sa durée de vie soit limitée.

Lorsque nous avons découvert « Love is strange » d’Ira Sachs au dernier festival du cinéma américain de Deauville nous souhaitions le voir au palmarès face à « Whiplash » de Damien Chazelle (Love is strange » ne récoltera aucun prix). Nous écrivions alors : « Voilà un film sensible et singulier qui amène le spectateur à réfléchir sur le couple et la famille. Ira Sachs évoque dans ce film l’histoire d’un couple gay, ensemble depuis 20 ans, dont le mariage à des conséquences sur leur quotidien. Ils se retrouvent ainsi obligé de se séparer provisoirement et de cohabiter dans deux familles d’accueil … « Love is strange » est un sujet personnel au réalisateur, les thèmes qu’il traite sont peu abordés par le cinéma américain trop occupé (selon les propres mots d’Ira Sachs) à sa rentabilité. « Love is strange » est un film qui parle du temps qui passe et qui évoque les limites du système financier, un film qui est littéralement porté par ses deux interprètes principaux ».

Ces deux acteurs sont Alfred Molina (George) et John Lithgow (Ben), ils appartiennent à la même génération d’acteurs et sont amis « depuis plus de 30 ans ! ». De là leur complicité. Le couple qu’ils forment sonne juste, ce dès la première scène, le réveil des futurs mariés. Toute l’histoire sera à l’avenant, sans être réaliste, car le film d’Ira Sachs est une fable sur l’amour.

Un film riche. Le film d’Ira Sachs n’est pas un film faisant l’apologie du mariage pour tous, ni même un film frontalement identitaire. « Love is strange » est un film engagé qui dénonce principalement le système financier, le conservatisme Américain et les discriminations, c’est une histoire simple, une chronique douce-amère, un film sur l’amour. Celui que tout à chacun attends, celui devant lequel chacun a sa manière de réagir, selon tous les âges de la vie. Le film d’Ira Sachs est un film de groupe qui l’analyse avec finesse, « Love is strange » est un film sur la famille et la transmission.

Un film à la mise en scène délicate. Pourquoi l’amour est-il si étrange ? Parce qu’il est une alchimie constituée de petits riens que même la séparation ne peut détruire. Ben et George se redécouvriront dans cette épreuve. Ces petits rien son filmés avec délicatesse par Ira Sachs qui contourne son sujet pour mieux le faire ressortir, une certaine mélancolie ressort de son procédé. Quelques images resteront ainsi prégnantes : le couple en partance pour la mairie (l’affiche française en a repris la photo), on y découvre un Ben inquiet et un George rassurant, et le plan où le couple s’éloigne en silhouette tel un film de Charlie Chaplin, « Love is strange » approche alors de son dénouement, avant que George ne quitte Ben à la station de métro après que le couple ai pris un verre dans un bar.

« Love is strange », un film sous influence. Ira Sachs ne nie pas avoir été inspiré par « Hannah et ses sœurs » ou « Manhattan » de Woody Allen, « Voyage à Tokyo » d’Ozu alors que son film reprend la trame de « Make way for tomorrow » de McCarey. « Love is strange » tient la comparaison avec ses illustres influences. Ce film subtil et délicat à l’étoffe d’un chef d’œuvre.

François Cappelliez