La revanche d'une blonde

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Pour son dixième film, Jean-Pierre Améris nous offre une fable moderne, une comédie française rapide et drôle, avec un couple d’acteurs inédit quoique belge, Benoît Poelvoorde et Virginie Efira, avec quelques rôles secondaires fort attachants ( François Morel, Edith Scob ou encore Philippe Rebbot, qui apparaît dans près de dix longs métrages en 2014 et sept en 2015!).

Il s’attaque à un sujet qu’il n’avait pas encore traité, celui de la famille, s’intéressant davantage au couple ou s’il s’agissait de famille, cela n’était pas le sujet principal du film. C’est la rencontre avec sa co-scénariste, Murielle Magellan, il y a quelques années qui lui fit voir les choses d’une autre manière. Une nouvelle fois, il se sert de Benoît Poelvoorde pour lui servir de double, la première tentative en 2010 avait été un succès avec « Les émotifs anonymes ». Cette fois Benoît Poelvoorde campe un personnage solitaire, riche, reclus dans son immense demeure, dans son « château » puisqu’il s’agit d’un conte. Il forme un « couple » avec son majordome campé magistralement par François Morel mais dont les apparitions en tandem avec son  maître sont quelque peu épisodiques dans ce film, et l’idée de les voir ensemble constituer un vrai « tandem » dans un film serait une idée à creuser de la part du réalisateur, tant leur complicité est évidente.

Pour le rôle féminin, il n’a pas invité Isabelle Carré, qui venait d’avoir la vedette de « Marie Heurtin », au succès remarquable malgré un budget plutôt serré et qui tenait compagnie à Benoît Peolvoorde dans « Les émotifs anonymes », sans oublier un téléfilm réalisé juste avant ce film « Maman est folle » en 2007, Améris préfère prendre une compatriote de l’acteur, Virginie Efira, remarquée il y a quelques mois dans le dernier film d’Emmanuel Mouret, « Caprice » avec l’idée d’en faire un personnage de comédies américaines (« Pretty woman », « Erin Brokovitch », etc…), le type de personnages interprétés par Julia Roberts ou encore, Giuletta Massina (« Les nuits de Cabira). Violette, le personnage campé par Virginie Efira, a bien des traits d’Erin Brokovitch, la tenue, la coiffure, la volonté de faire face malgré les difficultés,… C’est justement ce caractère volontaire qui va attirer l’attention de Paul André (Poelvoorde) et fait naître l’idée pour le moins étrange de proposer un contrat de quelques mois au cours duquel il jouerait son mari et le père des enfants sans pour autant envisager l’intégralité de son engagement en tant que père, mais surtout en tant que mari, puisqu’il joue le rôle d’un mari fictif, cela se traduit par l’absence de certaines relations entre Violette et Paul-André, au désespoir de Violette, qui ne refuse pas certaines invitations, même si les conséquences ne sont pas très glorieuses.

Bien évidemment, le plan échafaudé par Paul-André ne se déroule pas exactement comme il l’avait pensé. Et les scénaristes ont dû bien s’amuser à composer ce scénario rempli de scènes drôles, celles du repas familial (avec la famille de Violette), ou de la rencontre avec la mère de Paul-André, interprétée avec une grande classe par Edith Scob.
Ce film se veut une fable sur les différences de classe, Paul-André et Violette ne font pas partie tout à fait du même monde, et non sur les rapports de classe, car si confrontation il y a, elles trouvent leur solution, c’est bien en cela que c’est une fable, égratignant tout de même quelques principes, la place de l’argent de  le monde par exemple, et celle de l’amour  également, toutes les valeurs ne peuvent s’acheter, c’est ce qu’apprend Paul-André au cours de son expérience.

Jean-Paul Améris s’est inspiré de comédies américaines, celles que l’on qualifie de « screwball comédies » réalisées par Gregory LaCava ou Franck Capra, …Et grand bien lui en a pris, car, même si ne parvient pas tout à fait à leur niveau, cela donne un coup de fouet à sa fable, une vitesse que l’on retrouve tant dans la mise en scène que dans le jeu des comédiens.

Christian Szafraniak