Un million de façons de mourir…de rire

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L’histoire du Western se confond avec celle du cinéma en général. Les spécialistes du 7ème Art reconnaissent avec une belle unanimité « Le vol du Grand Rapide », millésimé 1903, comme la première tentative du genre. Dès lors de codes en références, la saga de l’Ouest sauvage américain a bâti sa légende dans et hors studios, avant de s’exiler vers la vieille Europe ; spécialités gastronomiques -spaghetti, paella et même choucroute- estampillant l’origine de ses produits dérivés. Il était dès lors programmé que la codification entraînerait une dérive inéluctable, celle de la parodie. Pas question ici de dresser une liste exhaustive, citons simplement « le Shérif est en prison » de Mel Brooks, magnifique délire d’un des plus talentueux serviteurs de l’humour hollywoodien. Seth Mac Farlane, le réalisateur d’ « Albert à l’Ouest » n’hésite d’ailleurs pas à reconnaître l’influence du père de Frankenstein Junior dans son opération sus aux héros des grandes plaines.

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Les fans de dessins animés qui apprécièrent jadis la finesse sociologique des « Griffin » et les habitués des salles obscures qui jubilèrent naguère devant « Ted », une des belles illustrations sur écran du syndrome de Peter Pan peuvent, de conserve, s’étonner de l’incursion du scénariste à la double casquette télévisuelle et cinématographique dans un univers historiquement référencié. Le monde des geeks est-il soluble dans la poussière des pionniers ? Se poser la question, c’est occulter quelques vérités. Le réalisateur a poussé suffisamment loin la satire contemporaine pour se voir taxer de nostalgique et pourquoi pas de réactionnaire. Or dès l’entame du film, le message est très clair : le dix-neuvième siècle outre-Atlantique ne fut pas un âge d’or, bien au contraire. Là où les auteurs « sérieux » nous dessinent le portrait d’une innocence perdue, souvent mâtiné de crépuscule d’un temps d’avant, où le capitalisme et la civilisation urbaine n’avait pas normalisé le monde, lui présente ses origines comme un monde barbare où, au travers du regard de son héros dépressif, votre prochain n’a qu’un seul but : accélérer votre trépas. John Huston, en 1972 déjà, faisait du vingtième siècle l’ère de la normalisation, Clint Eastwood, lui, ressasse dans ces ultimes opus westerniens le mythe du crépuscule des Dieux. Seth Mac Farlane préfère dresser le portrait d’un univers sans morale, ni hygiène, l’enfer sur terre pour les hommes de bonne volonté.

Mais attention la philosophie qui sous-tend le message est basique : rire de tout de peur d’avoir à en pleurer. Et l’on ne s’en prive pas, ici toutes les armes de la déconne généralisée sont au service du propos. Un humour noir omniprésent, un référentiel généralisé (d’Homère, si, si à la pop culture), des blagues de potaches que les créateurs du slapstick n’auraient pas renié, et de l’uro-scato qui feront horreur aux bien-pensants mais qui ravirait les mânes de Rabelais. Sautant allégrement au-dessus des bornes du politiquement correct, la décence est malmené aussi fréquemment que dans un long métrage de Sacha Baron Cohen, offrant aux Savonarole du féminisme stipendié et de l’antiracisme salarié l’occasion d’ires de bon ton. Quant à vous amis de la franche gaudriole prenez votre plaisir coupable et guettez l’apparition jubilatoire d’invités surprises.

 

REGIS DULAS