378783.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

César du meilleur comédien pour son rôle dans « Yves Saint Laurent », et plus jeune pensionnaire de la Comédie française jusqu’au douze mars dernier, Pierre Niney a tout de « l’homme idéal ». Beau, intelligent, attachant, doué, « monsieur » semble avoir un rôle sur mesure.

Mesdames et messieurs, désolée de vous décevoir. L’idéal n’est ici que « faux-semblant  » que Mathieu, un jeune écrivain raté, va nourrir du début à la fin. Un mensonge et tout s’effondre, le premier faisant effet boule de neige. Pas en une fois non, mais petit à petit tout au long d’un suspense qui dure, dure, dure … et dont la fin est malgré tout prévisible. Le réalisateur a la volonté de tenir le spectateur en haleine jusqu’au bout, l’invitant à un jeu de pronostic quant à la prochaine péripétie que connaitra le pauvre Mathieu. Déjà dans son film « Captifs », le ton était donné, mêlant l’angoisse et l’horreur. Ici Yann Gozlan choisit la torture psychologique pour son personnage principal qui doit faire face au « harcèlement » de son éditeur et de son banquier – A je choisis de m’enfoncer, B je choisis m’enfoncer – et ce n’est pas l’imposant Marc Barbé (« Crossing Lines ») qui viendra diminuer l’ambiance pesante et stressante du film.

Et qu’est-ce que cela nous énerve ! Presque en bien, car le spectateur devient témoin privilégié, le scénario ne laissant en effet très peu de place à des figurants voire quasiment pas. Et peut-être complice malgré lui des actes de Mathieu dont même la compagne – interprétée par Ana Girardot (« La prochaine fois je viserai le cœur ») – est tenue dans le mensonge … La tension du film semble adoucie par un décor idyllique : la grande maison bourgeoise en bord de mer de la belle-famille idéale. Certains plans autour de la piscine semblent directement inspirés du film de Jacques Deray, avec le couple idéal formé par Romy Schneider et Alain Delon, et le retour de l’ex, un élément perturbateur commun aux deux réalisations. Quel contraste avec l’appartement de Mathieu, perturbé et pourtant si sûr de lui, qui voit sa vie s’embellir, se noircir pour au final s’écrouler comme un château de cartes. On ne sait plus quelle posture aborder : le soutenir, l’encourager, le plaindre ?

La collaboration entre Yann Gozlan et Pierre Niney donne un thriller palpitant. Et même si un malheur n’arrive jamais seul, on en redemande.

Jessica Paprocki