Un hymne à l'amour

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La réalisatrice Brigitte Sy découvre dans sa jeunesse « L’Astragale », le livre d’Albertine Sarrazin paru en 1964. Il la marquera. « J’avais dû pressentir que mon destin serait lié à la prison, même si pas exactement comme celui d’Albertine Sarrazin », écrit-elle dans les notes d’intentions. Déjà son premier court métrage en 2009, « L’endroit idéal », raconte l’histoire d’une réalisatrice au cœur du milieu carcéral. Elle y prépare un film écrit et interprété par des détenus. Soupçonnée d’avoir fourni de l’argent à un détenu dont elle est tombée amoureuse, elle est arrêtée. L’année suivante, elle s’en inspire largement et réalise son premier long « Les mains libres ».

Mais l’envie d’adapter ce livre ne se concrétise pas sans mal. Et c’est avec un budget très réduit et le soutien d’un producteur, Paulo Branco, qu’elle va le réaliser. Brigitte Sy décide de resserrer l’action de ce long-métrage entre avril 1957 et juin 1958, de l’évasion de la prison de Doullens à l’arrestation à Paris. Cette nuit d’avril, Albertine, 19 ans, passe le mur de la prison et dans sa chute se brise l’os du pied – l’astragale. De sa rencontre avec Julien, ce repris de justice, naît une histoire d’amour.

Albertine et Julien ne sont pas des « Bonnie and Clyde ». D’ailleurs, ils ne commettent pas leur hold-up ensemble. Albertine cherche à être une femme libre, ce qui n’est pas donné en cette fin de quatrième République, en cette France d’avant Nouvelle Vague. Il faut lutter pour la conquérir cette liberté, au prix de sa peau, au prix de son âme, au prix de son amour.

Pour le casting, Brigitte Sy pense très vite à Leïla Bekhti pour interpréter Albertine. Le choix de Reda Kateb pour le rôle de Julien viendra juste après. Peut-être parce qu’ils ne sont pas des inconnus l’un pour l’autre. Ils ont déjà partagé en 2009 la même affiche, « Le prophète » de Jacques Audiard, sans se retrouver pourtant sur les mêmes scènes.

Guy Casaril avait réalisé la première adaptation de ce livre à succès. Une co-production allemande explique peut-être une version trop sage où la comédienne Marlène Jobert s’en tirait plus qu’honnêtement. Julien y était interprété par Horst Bucholz, alors vedette internationale qui avait joué auparavant chez Billy Wilder, John Sturges ou Damiano Damiani. Le film sorti en décembre 1968 est alors interdit aux moins de 18 ans. Autre temps, autre mœurs. La nouvelle version de Brigitte Sy ne souffre d’aucune interdiction.

Le véritable déclencheur pour la réalisatrice : la première version réalisée par Marcel Hanoun en 1959, tournée pour la télévision avec peu de moyens, en 16 mm, en noir et blanc, avec un refus de l’émotion et un montage novateur. Elle tourne également « l’Astragale » en noir et blanc, ne recherchant pas une reconstitution minutieuse de l’époque, trop onéreuse. Elle filme les personnages au plus près, recherchant leur vérité et leur humanité.

Christian Szafraniak