Un héros très discret

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C’est un bonheur de retrouver l’acteur Olivier Gourmet.

 Franck, son personnage, est un ancien responsable syndicaliste broyé par la société. La chute fut rude. On le rencontre ici dans son nouveau métier : gardien de nuit intérimaire dans un centre commercial de banlieue. Rongé par l’ennui, il est devenu le spectateur de sa vie, un spectre qui vivote, arrondit ses fins de mois par des petits trafics et boit trop. Son désespoir est d’autant plus profond qu’il sait déjà qu’il ne touchera pas un rond pour sa retraite. Bref, il est presque mort.

 

Franck a cependant encore l’énergie de s’occuper de la vie sentimentale de sa sœur (Julie Ferrier dans un contre-emploi) et de filer un coup de main à son collègue vigile (magnifique Marc Zinga).

C’est sa rencontre avec Mylène (Valérie Bonneton très émouvante), sa conseillère Pôle Emploi, qui lui réchauffe un peu le cœur. Cette mère de deux enfants, bien que de l’autre côté du bureau, ne s’en sort pas non plus. Et c’est lors de l’un de leurs rendez-vous qu’elle lui dit : « Vous savez, la vie, elle peut vous réserver des choses incroyables. » Cette phrase va le ramener à la vie. Il va se reprendre en main. Il n’a pas dit son dernier mot.

 

L’étrange ballet d’un 4×4 noir sur le parking qu’il surveille va le décider à se lancer dans un dernier baroud d’honneur. Difficile de ne pas voir l’influence de Peckinpah dans ce héros tragique et du western en général.

 

Filmé par moments comme un super héros, Olivier Gourmet est prodigieux de bout en bout. D’un extérieur impassible, on sent que Franck ne demande qu’à exploser de l’intérieur. Ce conflit, Olivier Gourmet nous le fait sentir avec une économie de jeu hallucinante. Il n’a pas son pareil pour interpréter le « secret des âmes ».

Pierre Jolivet livre, là, l’un de ses meilleurs films. Une magnifique série noire traversée de moments de poésie.

Fouad Boudar