Promesse tenue

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Emma Luchini aime apparemment travailler en famille. De l’écriture à quatre mains pour «La Femme de Rio» avec Nicolas Rey – avec à la clef le César du meilleur court-métrage – à la réalisation en solo pour son deuxième long-métrage «Un Début Prometteur» où elle dirige son père Fabrice Luchini. Son compagnon n’est jamais bien loin toutefois puisqu’elle puise son inspiration dans le livre éponyme de ce dernier, en partie autobiographique, paru en 2002.

Si l’affiche est parfois trompeuse, il n’en est rien ici. On découvre Manu Payet – au centre de l’affiche comme au cœur de l’histoire – la barbe et le cheveu hirsutes, la silhouette épaissie. L’acteur incarne Martin, un écrivain à succès, alcoolique, quasi divorcé et dépressif. Après une dernière cure de désintox, il finit par poser son camping-car, usé tout comme lui, dans la demeure familiale patriarcale. La composition de Manu Payet dans la peau d’un loser – O combien magnifique – livrant une vision sombre de l’amour et plus largement de la vie est ébouriffante. Le casting de cette comédie version dramatique est aussi plein de surprises : de l’irrésistible Fabrice Luchini – en père désemparé passionné d’horticulture – au jeune Zacharie Chasseriaud – en adolescent candide, volubile, plein de vie. Et c’est l’irruption du seul élément féminin – Mathilde joué par Veerle Baetens la comédienne belge remarquée dans « Alabama Monroe » César du meilleur film étranger – qui vient chambouler la vie du trio masculin.  Gabriel entraîne en effet son grand frère dans une virée à trois aux côtés de l’envoûtante joueuse de poker, endettée et elle-aussi usée. Mathilde, si elle envoûte d’office le plus jeune frère, finit par semer le doute – celui d’un espoir possible – dans l’esprit de l’aîné désabusé. Mais son charme fait aussi des ravages chez le père, en particulier lorsqu’elle interprète une chanson de Barbara.

Quelques flottements côté mise en scène, cependant. Quand la réalisatrice s’attache trop au personnage féminin et au trio loufoque, elle s’aventure trop à mon goût vers l’onirisme avec des séquences qui rappellent les peintures impressionnistes. Je leur préfère le ton mordant de la  première moitié où les répliques claquent et les dialogues sont plein d’humour sans se départir d’un fond de mélancolie. Je leur préfère aussi les allusions à peine voilées et petits clins d’œil de la réalisatrice à ceux qu’elle aime : un auteur d’une « fiction sur fond d’autobiographie » qui aurait oublié d’effacer les noms de famille ; un acteur qui « cite toujours pour éviter de penser lui-même ».

C’est une comédie dramatique où la grâce et le burlesque s’entremêlent. Et qui pourrait résister aux tirades de Many Payet ?

Sandrine Monseigny.