Toujours plus...

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Trois ans après le remarqué « Présumé coupable » adapté de l’affaire d’Outreau et tout particulièrement du livre-témoignage d’Alain Marecaux, interprété avec force implication par Philippe Torreton et tourné dans la région même où le drame s’est déroulé, Vincent Garencq nous livre son adaptation du livre de Denis Robert « Révélation$ » à propos de l’affaire Clearstream, affaire pour laquelle l’ancien journaliste de Libération a consacré plusieurs années d’enquête et collectionné bon nombre de difficultés, de démêlés avec la justice française. En 2001. il dévoilera le fonctionnement pour le moins opaque de la société bancaire luxembourgeoise Clearstream. Son acharnement à vouloir révéler « l’Affaire des affaires » trouvera un écho avec l’engagement du juge Renaud Van Ruymbeke. Leurs investigations vont les amener à mettre à jour une machination politico-financière baptisée « l’affaire Clearstream », qui croisera également celle des frégates de Taïwan et deviendra un vrai-faux scandale politique dont le fichier des comptes secrets en est un des éléments, dans lesquels seront impliqués Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin, etc…

Les intentions du réalisateur sont clairement explicitées dans le dossier de presse du film : « J’ai eu un déclic dans ma vie quand j’ai arrêté d’écrire des récits autobiographiques et que je me suis mis à parler des autres. Comme par hasard, c’est là que mes scénarios ont commencé à intéresser les producteurs. Je trouve en effet qu’il n’y a rien de plus intéressant que la vie des autres. Par exemple, quand on lit les procès-verbaux d’instructions judiciaires, on découvre toujours des tranches de vie passionnantes. C’est comme cela que je conçois le scénario et je n’aime pas les histoires « inventées », les scénarios de « scénaristes », dont l’imaginaire est souvent envahi de clichés et de références cinématographiques. Quand on s’inspire du réel, on se met à l’abri des clichés et l’on peut construire des intrigues qui ont une véritable originalité. Je cherche souvent ma source dans les livres : j’ai découvert l’ouvrage d’Alain Marécaux par hasard, et c’est aussi par hasard que je suis tombé sur La Boîte noire de Denis Robert, pressentant qu’il y avait là une matière un peu sulfureuse. ». Tout est dit, de ses choix, de sa démarche. Ainsi, le film nous montrera la plupart des protagonistes de cette très complexe affaire, mais également le journaliste/romancier Denis Robert aux prises avec la justice française, mais également sa femme, ses enfants, sa maison, sa voiture…Denis Robert est présent d’une autre manière également, dans la mesure où il participa à l’écriture du scénario. Vincent Garenq a su choisir les différents acteurs pour interpréter ces différents personnages, la plupart sont très justes, que ce soit Charles Berling pour le juge Van Ruymbeke, Laurent Capelluto pour Imah Lahoud, Eric Naggar pour Jean-Louis Gergorin, avec un bémol pour le choix de l’interprète de Denis Robert. N’aurait-il pas pu, par exemple, jouer lui-même son propre rôle ?

Certes, le film permettra aux spectateurs de mieux comprendre cette inextricable machination, mais en restant seulement à la surface des choses, sans vraiment cerner les véritables enjeux de cette affaire, ce qui montre ainsi la limite de ce film. De ce fait, nous sommes assez loin des films réalisés par Francesco Rosi en Italie (« Main basse sur la ville », 1963 et « L’affaire Mattei », 1972), aux Etats-Unis de Sydney Pollack, d’Alan J. Pakula ou de Sydney Lumet (« les trois jours du condor » en 1975 pour le premier, « Les hommes du président » en 1976 pour le second et de « contre-enquête » en 1990 pour le dernier, film ressorti récemment mais moins bien moins connu que d’autres titres de ce cinéaste, film qu’il est indispensable de découvrir. Et plus récemment « Margin call » de J.C. Chandor en 2011, remarquable thriller financier scrutant avec intelligence les ressorts de la manipulation orchestrée par les banques, les instances impliquées dans les transferts de capitaux…

Christian Szafraniak