Tir aux pigeons

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Les réticences de la filiale française de la Warner Bros auraient dû nous mettre la puce à l’oreille. Ce n’est pas sans raison si la Major américaine freinait des quatre fers la sortie sur le territoire nationale de ce «Colt 45». Son réalisateur, Fabrice Du Welz s’était pourtant taillé jusqu’ici une jolie réputation auprès des aficionados des films d’horreur. «Calvaire» ou «Vinyan» ont, à leur époque, su faire frissonner les amoureux du genre. Changer d’univers semble avoir été la première erreur du cinéaste belge. Confier le scénario de son polar à un tiers apparait comme une autre, et de taille. Ecrire pour « Mad Movies » ne semble pas être le sésame pour le talent inné. N’est-ce pas monsieur Beddiar ? Tout le monde ne peut pas devenir instantanément un pair d’Olivier Marchal. Quitte à se voir servir un brouet à base de policiers véreux, de guerre des services et de paumés assermentés, autant se payer l’original. Le septième Art est menacé, depuis ses origines, par un virus létal : la machine à photocopier. Maladresses ou infantilisme peuvent se soigner avec la maturité; le pillage style copier-coller jamais. Pomper les œuvres antérieures arrête le cours du temps.

Qu’en est-il donc de ce piètre objet de série ? L’occasion de retrouver sur grand écran quelques jolies pointures ? Certes, mais pourquoi ne pas profiter du talent des Lanvin, Joey Starr et Alice Taglioni pour leur donner du grain à moudre ? Aligner les lieux communs et les situations improbables pourraient à la longue être perçu comme insultant, non seulement envers des comédiens qui méritaient mieux que cette bouillie mais aussi à l’égard de spectateurs touchés au portefeuille -payer sa place à l’heure actuelle n’est pas une dépense anodine- et dans leur intelligence (il faudra multiplier les micro siestes si l’on souhaite combler les errances du scénario). Il ne suffit pas de jeter en pâture quelques éléments de biographie pour donner de l’épaisseur aux personnages, il n’est pas nécessaire, non plus, de fabriquer une certaine empathie avec une actrice si dans les minutes suivantes, le metteur en scène la laisse sur le bord du chemin. Chaque protagoniste ne dépasse jamais le statut de figurine de carton-pâte. Et comme les contours restent flous, il ne parvient pas même à s’élever au rang d’archétype.

Deux orientations auraient pu sauver l’affaire du naufrage : que sur la fiction s’enracine un socle documentaire particulièrement soigné et (ou) que des scènes d’anthologie gomment les imperfections de l’ensemble. Mais la multiplication des invraisemblances finissent par plomber l’histoire. Nous ne dresserons pas ici un catalogue des erreurs qui jalonnent le film, laissons au spectateur qui se hasardera en salle le déplaisir de les découvrir par lui-même. Quant aux moments cultes, ils pourraient bien à l’avenir nourrir les bêtisiers des cinéphiles. Nous vous conseillons particulièrement la scène d’hommage dans la cour de la préfecture de police, elle vaut à elle seule son pesant de cacahuètes ! Deux surprises à noter afin de terminer en beauté notre partie de jeu de massacre. Comment se fait-il, alors que toute sa carrière a prouvé le contraire, que notre Belge soit si pudique dès qu’une scène de violence surgit à l’horizon ? Tout est systématiquement hors champ. Allez un peu de courage, nous ne sommes pas en sucre ! Ultime clou sur le cercueil : Ymanol Perset. Les francophones tiennent enfin un acteur bodybuildé au charisme d’huitre capable de concurrencer ses congénères d’outre Atlantique. Channing Tatum a du souci à se faire !

REGIS DULAS