Tiens toi droite !

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Pour son deuxième film Katia Lewkowicz nous propose de suivre trois histoires de femmes qui semblent totalement dépassées par leurs sentiments. Noémie Lvovsky, Laura Smet et Marina Foïs ont toutes les trois du mal à communiquer, elles agissent sur l’instant comme si le temps allait trop vite pour elles.

Trois profils de personnages en manque de confiance mais malgré ça qui foncent sans réfléchir. Une première partie de film qui présente ses boules d’énergie pour lesquels on développe de l’empathie. On est face à un constat sombre mais traité avec humour, Marina Foïs est une ouvrière qui sert de cinq à sept à son supérieur, Noémie Lvovsky est une poule pondeuse qui a du mal à joindre les deux bouts et Laura Smet est une « adulescente » bloquée par son œdipe.

Toutes les trois sont touchées par une désorganisation morale et c’est en ça que ce film fait du bien ! À l’heure où l’on prône le formatage et le voyeurisme caractérisés par les études comportementales, le soin de son image, la communication à toutes épreuves, un séminaire où l’on vous parlera des « dix gestes à ne pas faire au bureau», la réalisatrice envoie valser tout ces nouveaux codes de conduite qui effacent notre naturel et donc ce que l’on est vraiment. « C’est utopiste et naïf comme vision ! » me direz-vous, et alors ? C’est beau et oxygénant et cela suffit à nous faire passer un agréable moment devant ses femmes qui ne se demandent pas si leur chemisier est trop grand (c’est le cas) ou si elles ont la bonne attitude en société. Ce sont des femmes qui se tourmentent et qui finalement se disent « Mer**, j’y vais ! » et ça leur réussit.

C’est un éloge à la spontanéité, c’est cette dernière qui va les faire se rencontrer. Elles passent par une multitude d’états d’esprits, les remarques, les actes fusent de partout sans logique visible mais elles se comprennent et arrivent à créer ensemble.

On pourrait reprocher à la caméra de Katia Lewkowicz d’être aussi frivole et instable que ses personnages mais justement, elle adopte le même caractère que ces femmes, la caméra ne dicte rien, c’est elle qui se soumet à la vie et aux envies de ses superwomen. Des superwomen que l’on ne peut, encore une fois, mettre dans une case – on les pense paumées et faibles, elles se révèleront fortes et ambitieuses tout en gardant cette impulsivité qui les caractérise. Elles restent elles mêmes et se solidarisent c’est pourquoi cela fonctionne !

Un film qui nous propose enfin de suivre des anti héroïnes non pas entrain de changer et d’oublier ce qu’elles sont pour devenir quelqu’un de mieux, non pas de les voir se raisonner et apprécier leurs vies à la place où la société les a mises. On les voit insatisfaites, comblées, susceptibles, fortes ou encore trouillardes mais toujours prêtes à se battre pour aller là où elles veulent aller et pour faire entendre leurs voix.

Le « Tiens toi droite » n’est pas celui que l’on réserve à un enfant quand il est à table mais celui de la confiance et de l’estime de soi.

C’est une critique qui utilise beaucoup de points d’exclamations, d’injures ou de contradictions mais elle est à l’image du film et de ces femmes dont on nous raconte l’histoire, libre, instinctive et hors de contrôle !

« Tiens toi droite » est bourré d’espoir et d’amour et l’une des plus belles scènes nous montre une partie de basket où, sans stratégie de jeu, tout le monde joue, tout le monde met des paniers, tout le monde gagne !

« Si vous aimez la spontanéité, si vous aimez le bordel organisé, si vous aimez l’espoir alors…allez voir ce film ! ».

Gilles PREVOT