Thérapie Familiale

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« I have a darkness inside me. » (J’ai de la noirceur au fond de moi)

Tels sont les premiers mots prononcés par Libby Day (interprétée par Charlize Theron) au début du film. Cette phrase, qui sert d’introduction au personnage, pourrait tout aussi bien s’appliquer à l’actrice elle-même.

En effet, à l’âge de treize ans, Charlize Theron assiste de ses propres yeux à la mort par balles de son père. Abattu par sa propre mère (Gerda) en état de légitime défense. Elle mit fin par ce geste désespéré à des années de violences conjugales. Cet acte de sang scellera un lien fusionnel entre Charlize Theron et sa mère.

Sachant cela, nous comprenons ce qui a pu attirer Charlize Theron dans cette histoire tellement elle partage de points communs avec le personnage qu’elle interprète ; principalement sa jeunesse dans une ferme d’Afrique du Sud et un père distant et ayant sombré dans l’alcool.

Adaptée du second roman de Gillian Flynn paru en 2009 (l’auteur de Gone Girl qui sera son roman suivant), le film nous plonge dans l’Amérique rurale, miséreuse et sale. Bien que le drame initial se situe dans une ferme du Kansas nous sommes très loin du magicien d’oz. Les personnages (Libby la première) agissent souvent par nécessité économique et rien d’autre.

A la manière de Gone Girl, le film alterne l’enquête au présent avec les flash-back de Libby pour nous entraîner dans un jeu de pistes qui nous invite à progressivement reconstituer le puzzle de ce drame.

La mise en scène du français Gilles-Paquet Brenner (il est également le scénariste), assez didactique dans son ensemble, peine à transcender le matériau de base. Il fait de son mieux pour traduire l’ambiance glauque et quasi désespérée du roman sans jamais dépasser le stade de l’illustration. C’est dommage car il y avait un potentiel énorme. Amérique rurale, misère sociale, culte satanique, tous les ingrédients étaient réunis pour délivrer un film viscéral. Je n’ai jamais vraiment été secoué par Dark Places, comme j’ai pu l’être par le Gone Girl de David Fincher. Même si la comparaison est injuste.

Le gros point fort de Dark Places est son casting quatre étoiles. Autour de Charlize Theron, un peu en pilote automatique, on retrouve Nicolas Hoult (qu’on retrouvera avec Charlize dans Mad Max Fury Road), le solide Corey Stoll, Chloé Moretz et le magnifique Ty Sheridan. Sans oublier Christina Hendricks, bouleversante. A mille lieux de son rôle glamour de la série Mad Men, c’est elle qui s’en sort le mieux. Malgré leur calibre, les autres acteurs semblent un peu livrés à eux-mêmes. Encore un atout mal exploité par le réalisateur.

Indépendamment du roman dont il s’inspire, le film n’est pas parvenu à m’émouvoir, à m’immerger véritablement dans l’histoire qu’il raconte. Et cela malgré un énorme potentiel de départ délivré par l’histoire et le casting.

Ce qui aurait pu être une version « dark » du Magicien d’Oz n’est qu’un banal fait divers rural. Ou peut-être une thérapie pour Charlize Theron ?

Fouad Boudar