Au fil du rêve

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Avec le temps, Robert Zemeckis semble privilégier une certaine épure dans les histoires qu’il nous raconte. Il se rapproche davantage de l’âme de ses personnages et de leurs tourments. « The Walk » constitue une étape supplémentaire dans ce mouvement vers plus de pureté : un homme décide de joindre deux points en traversant un fil tendu à quatre cents mètres de hauteur.

Cinéaste pionnier, fasciné par les nouvelles technologies et leur pouvoir narratif, Robert Zemeckis n’a eu de cesse de se mettre en danger, de tester de nouveaux outils, de créer de nouvelles images. Il a le premier utilisé les images de synthèse de manière « invisible » c’est à dire dans l’unique but de soutenir le récit (dans « La Mort vous va si bien » et « Forrest Gump » notamment).

Il s’est lancé ensuite dans le développement de la « Performance Capture » (la capture de performance) avec sa trilogie « Le Pôle Express », « Beowulf » et « Scrooge » sur lesquels il a expérimenté une mise en scène totalement libre, affranchie des pesanteurs d’une caméra physique. C’est lui qui a défriché ce tout nouveau territoire, essuyant pour cela de gros échecs au box-office qui ont fragilisé sa carrière, et ouvert la voie à Avatar et aux autres.

Toujours dans l’optique d’utiliser les nouvelles technologies dans un but purement narratif, Zemeckis nous propose avec « The Walk » un voyage émotionnel et sensoriel jamais vu grâce à un usage de la 3D enfin pertinent et surtout légitime. Depuis sa réapparition il y a 10 ans, le procédé est devenu un moyen de gonfler artificiellement le prix du billet de cinéma sans rien apporter de plus en terme de qualité d’expérience. Le port des lunettes réduisant la luminosité, la 3D a, en fait, tendance à dégrader l’expérience cinéma au lieu de l’amplifier. Ici, Zemeckis a rendu la 3D consubstantielle à l’histoire qu’il nous raconte ; le visionnage en 2D enlevant au film une grande part de sa puissance. Un peu comme si vous lisiez un livre avec plein de fautes d’orthographe. La 3D, et si possible le format IMAX, est absolument incontournable pour profiter pleinement du spectacle.

L’histoire est celle du funambule français Philippe Petit, plus précisément de son exploit complètement fou, inconscient et magnifique ; la disparition des tours jumelles lui ajoutant une certaine sacralité.

On comprend immédiatement ce qui a séduit Zemeckis dans le destin de Philippe Petit : un homme en marge en quête de l’état de grâce, soit la véritable position du cinéaste dans le système hollywoodien actuel.

Adoptant la structure du film de braquage, le scénario emprunte aussi la forme du conte pour nous plonger dans les coulisses de ce projet dérisoire et poétique. Dès l’ouverture Robert Zemeckis nous conte son histoire à travers le regard de Philippe Petit; un récit à la première personne vraiment cohérent avec le projet de mise en scène du film. Le clou du spectacle étant les quarante-cinq dernières minutes qui sont de la magie à l’état pur grâce au pouvoir immersif de la réalisation qui nous met dans les chaussons de Philippe Petit et nous fait partager ses émotions. Accrochez-vous à vos fauteuils si vous êtes sujets au vertige. En virtuose de la caméra, Zemeckis déploie tout son génie et son sens de l’espace pour faire de cette traversée une expérience cinématographique hors norme.

Morceau de cinéma total doublé d’une magnifique ode funéraire aux tours du World Trade Center, « The Walk » inaugure une nouvelle forme de cinéma.

Fouad Boudar