La Mort dans la peau

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Nouvelle coqueluche d’Hollywood, le réalisateur mexicain Alejandro G. Iñárritu aime les beaux mouvements de caméra et les défis techniques. Ce fut le cas pour son précédent film, “Birdman”, exercice de style un peu vain qui lui valu son premier Oscar.

A l’annonce du projet “The Revenant”, il y avait toutes les raisons d’espérer qu’Iñárritu tende vers davantage d’épures dans sa mise en image, qu’il privilégie davantage le fond ainsi que ses personnages. Tous les critères étaient réunis : une histoire d’une simplicité biblique, un univers dur et violent, avec Leonardo Di Caprio en tête d’affiche.

Laissé pour mort, Hugh Glass parvient à sortir de sa tombe et commence un éprouvant voyage à travers cette Amérique barbare où la nature est encore souveraine. Le froid, les animaux sauvages, ces arbres filmés comme des gratte-ciel, la transpiration, la bave, les larmes, tout concours à l’âpreté du parcours. Habité, Di Caprio nous livre une performance jamais vue même si c’est loin, à notre avis, d’être son meilleur rôle car il ne sollicite qu’un seul registre ; celui de la souffrance.  Enchaînant les épreuves comme autant de renaissances successives, Hugh Glass mène un véritable chemin de croix, motivé par un foudroyant désir de vengeance. Les scènes sont viscérales et bluffantes de réalisme. Parmi les gros morceaux, une scène d’attaque d’ours hallucinante, jamais vue au cinéma. La photo d’Emmanuel Lubezki, véritable prince de la lumière, offre au film un écrin somptueux et des images sublimes.

Cette somme de talents et d’implication est malheureusement gâchée par la mise en scène ostentatoire d’Iñárritu. Optant pour des focales courtes, il ne peut s’empêcher « de faire le malin » à travers une mise en scène appuyée et trop consciente d’elle-même. Convoquant à la fois Terence Malick, Tarkovsky et son compatriote Alfonso Cuaron, Iñárritu pioche chez ses metteurs préférés et restitue le tout en un patchwork très efficace. D’où la sensation de regarder un film hermétique, trop centré sur lui-même et ses tours de force.

Frustration renforcée par un déroulement finalement fort convenu de l’intrigue qui nous emmène sur des territoires mille fois empruntés,  énième variation sur le parcours christique; autant se replonger dans l’histoire originale.

Conçu comme un véhicule pour sa star toute puissante, “The Revenant”, tout en étant un tour de force technique ne parvient pas à se hisser à la hauteur de son sujet. Au rayon Survival, (re)voyez plutôt “Le Territoire Des Loups” de Joe Carnahan.

Fouad Boudar