The Homesman: western mélancolique

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Une dizaine d’années après Trois Enterrements , Tommy Lee Jones est repassé une seconde fois derrière la caméra pour The Homesman. Adapté du célèbre roman Le Chariot des Damnés, publié par l’auteur américain Glendon Swarthout en 1988, ce western raconte la rencontre entre deux personnages qui a priori n’auraient pas dû se rencontrer, et qui vont devoir effectuer un voyage périlleux vers l’Est. Surtout, il rend un vibrant hommage à la bravoure des femmes, régulièrement mises de côté dans l’histoire de la conquête de l’Ouest américain.

Nebraska, milieu du XIXe siècle, trois jeunes femmes jugées folles sont confiées à Mary Bee Cuddy (Hilary Swank), une pionnière robuste et autonome, vivant chichement dans une ferme. Sur le chemin menant à l’Iowa, où un pasteur recevra les malades au sein d’un asile, elle croise de manière fortuite George Briggs (Tommy Lee Jones), un bandit bourru, vagabond, à qui elle évite la pendaison.  L’improbable tandem se lance alors dans un périple au cours duquel les rebondissements seront nombreux, et où ils devront faire face à la névrose des démentes, aux mauvaises rencontres, au froid, à la faim et à la crainte du trépas. Sans oublier les Indiens !

 

Voilà pour le pitch, l’histoire est assez simple mais ses personnages, aux multiples failles, ne manquent pas de relief. Au premier rang desquels Hillary Swank, qui n’avait peut-être pas été aussi brillante depuis Million Dollar Baby. Jeune trentenaire décidée à trouver un époux, mais qui effraie ses prétendants, Mary Bee Cuddy est à l’image du cadre où elle évolue : dure et amère. Conduire ces trois femmes déboussolées vers un refuge – qui ont perdu pied à force des coups portés par leur mari, de décès violents ou de brimades – devient rapidement pour elle la mission d’une vie. Tommy Lee Jones, qui campe un vieil homme antipathique, revenu de tout, au visage buriné, livre également une prestation de haut vol. Et il excelle autant par son jeu d’acteur que par la manière dont il a construit le film et mis en scène les acteurs.

 

Car The Homesman est un western plus fin qu’il n’y paraît, assez subtil même. TLJ prend un malin plaisir à défaire les codes du western classique pour mettre en exergue la condition des femmes à l’époque de la conquête de l’Ouest. Grâce à plusieurs flashbacks, il explique minutieusement ce qui a poussé les trois femmes à sombrer dans le délire. Ces scènes prenantes, et souvent violentes, contrebalancent avec la complicité qui s’instaure entre Mary Bee et Briggs, dont la sensibilité apparaît peu à peu. Et on comprend finalement que le déroulé du voyage devient finalement plus important que sa destination.

 

Parfois lent, sans que l’on tombe toutefois dans l’ennui, The Homesman réussit en tout cas à faire naître l’émotion, et pris dans globalité, s’avère assez prenant. Récit mélancolique, non dénué d’humour (les dialogues sont souvent savoureux), le film met également en valeur les immenses étendues du Grand Ouest Américain. Devant ou derrière la caméra, le Texan de 67 ans est à la fois attachant et convaincant. Prix d’interprétation masculine en 2005 pour Trois Enterrements, Tommy Lee Jones pourrait à nouveau marquer le palmarès cannois cette année…

 

P.-G. L.