La Meute de Wall Street

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Sujet anti-spectaculaire par excellence (comment rendre cinématographiques des transactions financières), le thriller économique a tout de même eu ses œuvres emblématiques : “Wall Street” d’Oliver Stone, “Margin Call” de Jc Chandor et bien sûr le scorcesien “Loup de Wall Street” . Si les deux premiers cités optaient pour une approche froide, quasi documentaire du sujet, le troisième adopta le ton de la comédie noire pour mieux nous faire saisir le côté grotesque et fou du monde des traders.

“The Big Short” – Le Casse du siècle (sous titre français complètement hors sujet, soit dit en passant) opte, avec une grande réussite, pour un mélange des deux approches. A la barre, Adam Mc Kay, réalisateur de chefs d’œuvre de la comédie made in US(“Ricky Bobbit – Roi du Circuit” et “Frangins malgré eux” notamment) dont le style se marie très bien avec le sujet du film présent à savoir les coulisses de la crise des subprimes sous l’angle des profiteurs.

C’est par le personnage joué par Christian Bale que nous entrons dans l’histoire, l’acteur livrant au passage une performance hallucinante, ce génie des chiffres à moitié autiste qui détecte avant tout le monde l’éclatement de la bulle immobilière. Le reste du casting est de très haut niveau : Steve Carell, Brad Pitt en vieil ours désabusé et Ryan Gosling pour ne citer que les têtes d’affiche, sont absolument irrésistibles dans leurs interprétations et forment une bande de loosers attachants. Le Choix d’Adam Mc Kay apparaît évident, lui qui a très bien su croquer les perdants magnifiques dans ses précédentes prestations.

 

Ambitieux dans sa forme: montages cut, galerie de personnages hauts en couleur, rupture du 4ème mur… Le film empreinte à dessein le style propre à Martin Scorsese jusqu’à convoquer sur le plateau la plantureuse Margot Robbie, qui jouait déjà dans le précédemment cité “Loup de Wall Street”, le temps d’une scène absolument savoureuse. La grande force de l’oeuvre est de rendre compréhensible des mécanismes abstraits via un procédé très malin qui consiste à les faire expliquer par des acteurs jouant leur propre rôle. Ainsi, Margot Robbie nous explique le SWAP, et Selena Gomez ce qu’est un CDO synthétique. De la pédagogie par le charme en quelque sorte, et, reconnaissons le cela marche à merveille.

Loin d’être intimidé par ses aînés, le réalisateur impose finalement son style propre en réussissant, derrière les atours de la comédie, à générer un malaise voire un certain dégoût du système. Car à aucun moment il ne perd de vue l’enjeu véritable de cette crise : la mise à la rue de millions d’Américains.

Tous les rires que provoque l’histoire ne servent qu’à faire passer un message basique: tout est pourri au royaume de Wall Street. Véritable numéro d’équilibriste, le scénario est d’une densité incroyable et les personnages, derrière leurs excès, tous émouvants.

“The big short” s’avère en fin de compte la seule vraie bonne comédie de cette fin d’année.

Fouad Boudar