Thanks Maggie !

ou la belle solidarité des mineurs et des homosexuels anglais

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En 1984, le Syndicat National des Mineurs du Royaume-Uni décide une grève nationale dans le but de protester contre la fermeture programmée des mines de charbon partout dans le pays. En réponse, le gouvernement de Mme Thatcher opte pour la fermeté, voire par la brutalité. Les mineurs en grève obtiennent rapidement des soutiens dans le pays. Parmi ces soutiens, un d’entre eux a de quoi surprendre : une association de militants gays et lesbiens londoniens qui, suite à la Gay Pride de la même année, décide de lever des fonds pour venir en aide aux grévistes parce que, selon eux, ils ont les mêmes adversaires : le gouvernement Thatcher, la police et la presse à scandale. Ils prennent le nom de Lesbians and Gays Support the Miners (LGSM). Dans un premier temps, ils ne rencontrent pas d’écho favorable de la part du Syndicat des Mineurs qui refuse leurs dons. Pour débloquer la situation, ils prennent la décision d’embarquer à bord d’un vieux minibus et de se rendre dans une petite ville perdue au fin fond du Pays de Galles, et ainsi de remettre l’argent aux mineurs en mains propres. C’est de cette manière qu’est née une incroyable histoire d’amitié et de solidarité, suite à douze mois de tension au cours desquels le LGSM s’est imposé comme l’une des associations ayant levé le plus de fonds de tout le Royaume-Uni.

De cette véritable et incroyable histoire, un jeune producteur (David Livingstone) et un jeune scénariste (Stephen Beresford) anglais décident en 2012 d’en faire un film pour le cinéma. Mais ils se heurtent à la réticence de partenaires financiers, qui avaient quelque difficultés à accepter l’authenticité de cette histoire.
Mais à partir du moment où ils ont convaincu le réalisateur Matthew Warchus, la situation s’est débloquée. Ce qui peut paraître surprenant, étant donné la place qu’occupe Matthew Warchus dans l’histoire du cinéma britannique. En effet, il n’avait réalisé qu’un seul film « Simpatico » en 1999, mais avec un beau casting : Nick Nolte, Jeff Bridges, Sharon Stone et Albert Finney, d’après une pièce de Sam Shepard. Le film ne convainquit guère le public et la critique à sa sortie. Warchus retourna vers la mise en scène théâtrale qui lui offre plus de satisfaction et de considération, adaptant par exemple Yasmiza Reza (« Art » en 1998 et « God of Carnage » en 2009, avec un casting très intéressant : Jeff Daniels, James Gandolfini, …, pièce que Roman Polanski a dû voir à Londres lors de la préparation de son film « Carnage »).

Matthew Warchus venait avec un groupe de comédiens de théâtre (et de cinéma) réputés, ce qui aida les financiers à accepter le projet. Ainsi, il emmenait avec lui Bill Nighy (celui qui fera son coming out au cours du film), Imelda Staunton, Dominic West (celui qui subjugue presque toute l’assistance avec son numéro dansant), Paddy Considine, qui ont tous leur nom dans les génériques de films anglais ou américains réalisés ces dernières années, et pas seulement dans de petites productions.

Il en est de même des jeunes comédiens, ainsi celui qui tient le rôle de Mark, le chef de ce groupe de gays et lesbiennes londoniens, a à son actif plusieurs rôles tant au cinéma qu’au théâtre.

C’est ce qui fait tout l’intérêt de ce film, on sent le plaisir qu’ont eu tous ces comédiens à prendre en charge leurs rôles, à nous emmener dans cette histoire presque improbable, dans laquelle deux mondes pourtant à l’opposé l’un de l’autre vont finir par se rejoindre. En cela, ce film est une ode à la tolérance, il faut savoir accepter l’autre dans sa diversité, dans sa différence.

Certaines scènes auraient gagné à être raccourci au montage, afin de donner plus de rythme à certains moments du film.

Si la mise en scène tend à privilégier les rencontres, les rapprochements entre mineurs et les gays et lesbiennes, ce qui nous vaut quelques belles séquences, ainsi la tournée des boîtes de nuits londoniennes, c’est pour masquer la faiblesse de la réflexion et de l’analyse politique.

Certes, il était nécessaire qu’une telle histoire soit racontée, que ce qui peut paraître improbable voire impossible puisse survenir malgré tout. Mais on aurait préféré que la réalisation soit confiée à des cinéastes tels que Stephen Frears, Mike Leigh, Ken Loach, ou encore à Karel Reisz, lorsqu’il réalisait en 1960 le magnifique « Samedi soir, dimanche matin »

Christian Szafraniak