Métal Rouillé

 

11667211_10152914119282109_2005485364_n

« Terminator est né d’un cauchemar» – James Cameron. C’est sur l’image assez puissante d’un crâne de métal émergeant des flammes que James Cameron eut l’idée de son film. Mêlant voyage temporel et science-fiction punk, “Terminator” (1984) est passé avec le temps du statut d’efficace série B à celui d’œuvre majeure. C’est surtout la fusion parfaite entre un personnage et son acteur, en l’occurrence Arnold Schwarzenegger. Il était né pour jouer ce rôle. La suite, “Terminator 2” (1991) par le même réalisateur, achève de faire du cyborg un personnage mythique. En plus de marquer une date dans l’histoire des effets spéciaux, il donne une suite cohérente et naturelle à l’univers du premier. La franchise “Terminator” aurait pu s’arrêter là. Les deux premiers n’ont en effet rien perdu de leur puissance évocatrice et demeurent à jamais des classiques, toujours en 2015. Mais cela aurait été trop beau !

Les suites – “Terminator 3 : Le Soulèvement des machines” 2003) réalisée en 2003 par Jonathan Mostow et “Terminator Renaissance” en 2009 par McG – sans être honteuses, n’apportaient pas grand chose à la mythologie et ne dépassaient pas leur statut « d’opportunité commerciale ». Elles démontraient surtout que l’univers de “Terminator” supporte mal l’absence de son créateur.

Surfant sur la vague nostalgique des remakes, reboots, sequels, prequels et j’en passe, ce cinquième volet de la saga faisait néanmoins espérer un regain qualitatif,  notamment grâce à la présence du chêne autrichien. Le bénéfice du doute était de rigueur. Mais l’espoir a été de courte durée. Il a suffi de quelques minutes au métrage pour me faire déchanter.

 

Un film incompréhensible

“Terminator : Genisys”, sous prétexte d’apporter du neuf à la saga, nous embarque dans un imbroglio incompréhensible et totalement vain. Utilisant le voyage temporel pour créer une réalité alternative, le film se prend les pieds dans le tapis et passe finalement plus de temps à nous expliquer l’histoire – les dialogues empruntent des tunnels interminables – qu’à nous en mettre plein les yeux. Pire, il va même jusqu’à renier les évènements des deux premiers films pour les réécrire de manière rétroactive. Sacrilège !

La mise en scène d’Alan Taylor, réalisateur de quelques épisodes de “Game Of Thrones” et de “Thor 2”, est au mieux fonctionnelle, sinon totalement anémique. D’une laideur incroyable pour un film de ce budget, les effets spéciaux sont déjà datés. Même les scènes d’action sont poussives et mal filmées, là où les troisième et quatrième volets proposaient tout de même des séquences de très bonne tenue.

Les acteurs font ce qu’ils peuvent au milieu de cette débâcle, mais ne parviennent jamais à nous impliquer émotionnellement. Même si c’est un plaisir de retrouver Schwarzie, son personnage du T 800 est ici sabordé. Le scénario le ridiculise et lui retire toute sa puissance via des scènes comiques hors sujet et une orientation familiale malvenue.

Ce cinquième volet est le pire de la saga et j’espère bien le dernier. Cette grosse machine qui tourne à vide est emblématique d’un Hollywood qui ne sait plus faire de cinéma, et ne fait que dégrader le mythe, le ronger jusqu’à l’os  avec un mépris total de sa signification première.

 

Fouad Boudar