Balade interdite en Iran

 

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Jafar Panahi tourne et signe ici sa troisième oeuvre. Et pourtant ce réalisateur iranien s’est vu interdire  en 2010 le droit de filmer, mais aussi de donner des interviews aux médias locaux et étrangers et même de sortir du pays. Une condamnation de vingt ans pour avoir contesté le pouvoir et sa réélection.

Véritable paradoxe :  interdit de diffusion dans son pays, le film est reconnu dans le monde entier.  Adulé par les critiques, “Taxi Téhéran” a reçu en février le prestigieux prix de l’Ours d’Or au dernier Festival de Berlin

 

Réalisateur et producteur, Jafar Panahi est aussi acteur. Converti en chauffeur de taxi, il embarque des passagers qui deviennent les témoins privilégiés de toute une société. Toute l’ambiguïté réside ici :  sont-ils  acteurs non professionnels ou de véritables citoyens qui racontent leur propre histoire ?

A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, “Taxi Téhéran” ne raconte pas  vraiment une histoire. C’est une balade à la découverte de la société iranienne, opprimée par le pouvoir en place. Le spectateur prend place sur la banquette arrière du taxi, au côté des différents passagers qui défilent pendant une heure et vingt minutes.

Bavardages, témoignages, mais aussi polémiques.  D’emblée le réalisateur nous immisce dans un débat houleux entre deux “clients”, un homme et une femme, sur la peine de mort qui est appliquée en Iran. Outre celle-ci, il n’hésite pas à aborder l’égalité des genres, la pauvreté, les interdictions et surtout la censure.

S’il ne sort pas de son taxi pendant plus d’une 1h20, Jafar Panahi arrive tout de même à nous séduire et on apprécie de se laisser guider.  Ce n’est seulement qu’à la toute fin que le réalisateur rebelle brise son enfermement. Mais nous n’en  dévoilerons pas davantage.

 

“Taxi Téhéran se termine brusquement, sans générique. Tout un symbole et un signe de reconnaissance pour ces créations cinématographiques interdites de diffusion dans leur pays d’origine.

 

Antoine Defives.