Syndicat d’initiative

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« Astérix: le Domaine des dieux » est l’adaptation éponyme de la dix-septième aventure des célébrissimes Gaulois de fiction. Cet album fut publié sous l’égide de René Goscinny et Albert Uderzo en 1971. Cette neuvième adaptation sur grand écran est une grande première technique pour nos personnages. C’est en effet en images de synthèse et en 3D que les héros prennent vie dans les salles. L’animation a été confiée à Louis Clichy. Gage de réussite, si l’on veut bien se rappeler qu’il fut du projet «Wall E» pour Pixar en 2008, avant de collaborer à «La Haut » l’année suivante.

Mais le chef d’orchestre du projet est incontestablement Alexandre Astier. Producteur, coréalisateur, scénariste, acteur, l’artiste protéiforme s’est comme toujours pleinement investi. Ce n’est pas ses premiers pas dans cet univers. En 2008, déjà, il faisait partie de la distribution d’ »Astérix aux jeux olympiques », produit par Thomas Langmann ; soit dit en passant, le plus médiocre opus de la série. Travaillant toujours en famille, le comédien lyonnais a fait, comme toujours, appel à son clan. C’est donc sans surprise qu’apparaissent au générique son père Lionnel, Lorant Deutsch qui campa avec jubilation un improbable traducteur burgonde dans « Kameloot », Alain Chabat, inoubliable César de sa Cléopâtre, le rural François Morel. On regrettera personnellement la présence d’un Elie Semoun toujours aussi peu inspiré. Pour le reste, il est saisissant de voir à quel point tradition et modernité font ici bon ménage. Si Guillaume Briat prête pour la première fois sa voix à Obélix, Roger Carel qui fut un des pionniers du doublage (il faisait vivre Astérix lors de ses débuts au cinéma en 1967) est encore là aujourd’hui presque un demi-siècle plus tard !

Respect des traditions ne veut cependant pas dire passéisme. René Goscinny n’hésitait jamais à faire de constants parallèles entre l’Antiquité et le vingtième siècle. L’érudition et la culture d’Alexandre Astier, fort proche du maître, tout compte fait, permet d’égaler la version originale sans la plagier. Même constatation sur le plan graphique : Louis Clichy apporte sa touche personnelle sans jamais trahir le travail d’Albert Uderzo. Evolution donc, sans révolution cependant. Les procédés technologiques d’aujourd’hui offrent aux spectateurs un luxe de détails -expression des visages, arrière plans- incomparables. L’animation à la française est sans nul doute en passe de rattraper son retard par rapport aux productions d’outre Atlantique. La bande sonore, quant à elle, a été confiée à Philippe Rombi qui travailla naguère pour Dany Boon et François Ozon. Privilégiant le style symphonique, le musicien s’amuse à pasticher les grands thèmes classiques notamment Bach, écho au « que ma joie demeure » du réalisateur.

Les différents degrés de lecture, des gags basiques jusqu’aux fines analyses politiques, font de ce nouvel avatar d’Astérix un film familial. Si les plus jeunes s’amuseront des mimiques de ses héros de papier, les plus grands jubileront aux allusions à la situation économique actuelle. Relire l’œuvre original en parallèle permettra à chacun de saisir pleinement la modernité de la vision du monde de René Goscinny. Ce n’est donc pas étonnant que le père spirituel de « Kameloot » est jeté son dévolu sur un album qui aborde aussi frontalement des sujets comme la corruption des âmes ou l’influence du touriste sur l’intégration au système dominant ; encore plus subtil, ce comparatif entre esclavage et salariat qui reprend le thème du « Queimada » de Gillo Pontecorvo avec Marlon Brando.

En ces périodes de fête, il est de mise de retrouver son âme d’enfant. En visionnant «le domaine des Dieux » vous réconcilierez l’homme d’esprit et le bambin qui cohabite en votre tréfonds.

 

Julien Impe