Survivre et revivre

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« Things people do » de Saar Klein est un film sous influence Malickeenne. Si Terence Malick magnifie la Nature, Saar Klein, lui, magnifie la banlieue de type middle class US (où la Nature n’est pas loin). Saar Klein a longtemps travaillé avec Terence Malick en tant que monteur, ce qui explique cette influence, son opus conte l’histoire de Bill (Wes Bentley, loin des seconds rôles qu’il habite habituellement), un héros de la vie ordinaire, forcé, « après sa chute », à passer momentanément dans l’illégalité, « une chose que les gens font ». « After the fall » est le titre original de « Things people do » et a obtenu le Prix du 40ème anniversaire du dernier festival de Deauville.

Bill est un agent d’assurance amené à traquer des fraudeurs, il possède une belle maison avec piscine, en banlieue, deux garçons et une femme merveilleuse. La première scène de « Things people do » présente son American Dream, l’assureur et sa petite famille savourent le temps qui passe autour de leur piscine. Bill est un héros ordinaire à qui rien ne peut arriver, honnête, volontiers moralisateur, il est cependant sans emploi. N’ayant rien dit à sa famille il passe son temps comme il le peut à la recherche d’un travail dans une société implacable, sa voiture étant son bureau. En famille Bill est sous la coupe d’un beau-père castrateur. Comment s’en sortir quand un grain de sable a enraillé le moteur de votre vie ? Entrer dans l’illégalité comme une fatalité, au risque de jouer avec le feu avec son ami policier.

Le film de Saar Klein surfe sur la crise US et en regarde les limites. Le citoyen lambda se doit de s’aguerrir pour vivre, au risque de chuter, le sort que connaitra Bill. Cet américain moyen tombera dans l’extorsion par hasard pour sauvegarder son honneur et son patrimoine. Bill, véritable Monsieur tout le monde, suscitera volontiers de l’empathie chez le spectateur car il réfléchit sur lui-même, sur sa condition et sur la moralité de ses actes, même s’il prend un certain plaisir à détrousser ses contemporains. Bill, c’est le bon gars que la société pousse au crime. C’est la société qu’il faut blâmer.

Au cours de sa fuite en avant Bill côtoiera un policier philosophe et une caissière et ses crimes seront « moraux ». « Things people do » interroge la place que tient la morale dans le monde moderne. Dans ce thriller au rythme lent, tous seront coupables, Bill et ses méfaits, Suzanne, son épouse, qui ne l’encouragera pas à se dénoncer lorsqu’un suspect sera arrêté à sa place, et Franck, son ami policier qui le couvrira. In fine l’American Dream sera sauf. Bill prendra un bain purificateur symbolique, avant de reboucher sa piscine, et de devenir agent immobilier, ceci après un sursaut moral. Réussira-t-il à vivre avec sa culpabilité ?

« After the fall » (exploité en France sous le titre « Things people do ») est un film qu’il faut apprivoiser, et subir la lenteur. Il pose une question simple à ses spectateurs, le regard caméra de Bill lors du dernier plan est une piste d’interprétation : qu’auriez-vous donc fait à la place de Bill ?

François Cappelliez