Strictement Faustien

 

216881.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx

La figure du gangster a toujours inspiré les raconteurs d’histoires.

En effet, les destins de ces hommes qui ont choisi de vivre en marge, au mépris total des lois a de quoi exercer une certaine forme de fascination ; elle-même amplifiée par la violence et l’aspect aventureux qui vont avec. Là où ses petits camarades ont arrêté de jouer au gendarme et au voleur, le gangster, lui, a décidé d’en faire son destin.

Que ce soit en littérature, au cinéma ou à la télévision le hors la loi a inspiré des œuvres emblématiques (les sopranos, scarface, les affranchis et j’en passe) devenant presque une icône glamour de notre temps, une figure romantique.

Strictly Criminal vient s’ajouter à cette longue liste des films de gangster « basés sur une histoire vraie ». Après avoir inspiré le personnage de Jack Nicholson dans Les Infiltrés James Bulger a droit à son propre film.

Basé sur le livre « Black Mass », le film nous raconte comment le F.B.I a décidé de collaborer avec James Bulger, figure emblématique de la mafia irlandaise, afin de faire tomber la mafia italienne. Pour faciliter ce pacte Faustien les services envoient John Connolly (Joel Edgerton), un ami d’enfance de Bulger, dont il devient l’informateur. Mais on ne pactise pas avec le Diable impunément. Cohérent avec son parti pris, Scott Cooper s’attache à nous faire partager l’aspect irréversible et illusoire d’un tel accord. Rien de bien ne peut en sortir, le mal est poreux et contamine tout ce qu’il touche. Conscient de traiter un genre très balisé qui a ses monuments et ses cinéastes mythiques (Michaël Mann, Martin Scorsese, James Gray) le jeune Scott Cooper a l’intelligence de ne pas essayer de les singer pour nous proposer davantage un conte moral qu’une fresque haute en couleurs.

La grande force du film est sa sobriété ; il ne cherche à aucun moment à nous rendre sympathiques les voyous dont il nous conte l’histoire, James Bulger en tête. Filmé comme une figure démoniaque, le personnage interprété par un Johnny Depp méconnaissable n’attire aucune sympathie malgré les drames qu’il traverse. L’acteur livre l’une de ses plus belles prestations, parvenant à susciter l’effroi tout en restant sobre. Les hommes qui l’entourent ont droit au même traitement et nous sont présentés dans toute leur laideur physique et morale.

Le reste du casting est à l’avenant avec des pointures telles que Kevin Bacon, Benedict Cumberbatch et Corey Stoll notamment.

De facture classique et épurée, le film de Scott Cooper s’éloigne de la démarche opératique d’un Scorsese pour nous livrer un portrait de gangster dur, sec et sale.

Fouad Boudar