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A l’annonce de la mort de Steve Jobs le 5 octobre 2011, aux quatre coins de la planète des foules entières se recueillirent devant des Apple Store qui se transformèrent aussitôt en autant de chapelles ardentes.

Ces images saisissantes de magasins transformés en lieu de culte ont révélé quelque chose d’étrange sur notre époque. Les marchands sont devenus des figures exemplaires, des idoles, des mythes, à même d’alimenter le septième art en destins hors du commun.

Après “The Social Network” de David Fincher(2010) qui nous plongeait dans les coulisses de la création du site Facebook, le cinéma s’empare, pour la seconde fois, de Steve Jobs. Le film avec Ashton Kutcher (“Jobs”-de Joshua Michael Stern-2013) était d’un didactisme ennuyeux, sans nuances ni point de vue. Une ode à la gloire de Steve-Tout-Puissant. Le film de Danny Boyle qui nous occupe ici joue dans une autre catégorie car scénarisé par l’un des meilleur dialoguiste au monde : Aaron Sorkin, qui nous avait déjà livré le scénario de “The Social Network”.

S’écartant de la forme archi-usée « de-la-naissance-à-la-tombe » du biopic, Sorkin opte pour une forme fascinante, à mi-chemin entre le cinéma et le théâtre ce qui colle parfaitement à Steve Jobs lui-même, un homme qui n’a jamais cessé de se mettre en scène. En nous plongeant dans les coulisses de ces fameuses keynotes (les Grands Messes pendant lesquelles Steve Jobs lançait un nouveau produit), le film nous donne un aperçu de ce qu’était l’homme, notamment à travers ses rapports avec sa fille unique. C’est l’idée de génie de Sorkin : démythifier le personnage en en faisant ressortir les cicatrices névrotiques. Oui, Steve Jobs était aussi un enfoiré qui traitait son entourage comme du linge sale et qui a mis du temps à reconnaître sa fille.

Autour de lui, défilent les personnes qui ont parcouru sa vie : Steve Wozniak, John Sculley et Joanna Hoffman, entre autres. Tous superbement interprétés par des acteurs habités. Kate Winslet, la nouvelle Meryl Streep, vole quasiment toutes ses scènes en commun avec Michael Fassbender, lequel livre toutefois une excellente prestation qui privilégie l’incarnation plutôt que le mimétisme (n’est-ce pas Monsieur Ashton Kutcher!).

Voir ce casting de rêve restituer les mots de feu d’Aaron Sorkin est une pure jouissance. Les dialogues sont ciselés, les mots fusent comme des balles. C’est un régal.

La mise en images de Danny Boyle est au diapason et colle parfaitement au sujet en restituant brillamment la psyché de Steve Jobs grâce notamment à un montage hallucinant.

Même si on ne peut s’empêcher d’imaginer la vision qu’aurait eu David Fincher sur cette figure du 20ème siècle ( il fut le premier réalisateur attaché au projet avant de jeter l’éponge), Danny Boyle a fait du très bon boulot en nous livrant un film novateur dans sa forme et surtout soucieux de briser le mythe d’un homme qui n’était ni plus ni moins qu’un marchand de camelote de luxe.

Fouad Boudar