Nostalgia

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« Avec ces films tu as crée une religion. » Disait Francis Ford Coppola à son ami George Lucas à propos de la première trilogie Star Wars sortie entre 1977 et 1983. Effectivement, tonton George a généré un véritable culte autour de sa création, à tel point que les fans du monde entier se la sont appropriés y projetant fantasmes et espoirs.

La sortie de la prélogie entre 1999 et 2005, conçue à une autre époque, avec de nouveaux outils par un George Lucas richissime et tout puissant (et non plus un créateur devant encore faire ses preuves) a fait l’effet d’une douche froide et révélée l’existence d’un véritable malentendu entre lui et ses fans. Tournée en grande partie sur fond vert, interprétée par des acteurs livrés à eux-mêmes mal servis par des dialogues peu inspirés la nouvelle trilogie correspond en fait à la vision définitive de l’univers Star Wars par son créateur. Ce sont les films auxquels nous aurions eu droit si Lucas avait eu le pouvoir et les moyens de les faire dans les années 80. « Le Retour du Jedi » donnait déjà des indices dans ce sens.

Il n’est pas étonnant de constater que l’épisode le plus réussi est celui sur lequel Lucas a eut le moins d’emprise : « L’Empire-Contre-Attaque ».

Trop occupé a trouvé les financements du film et à bâtir son ranch, le cinéaste a laissé carte blanche à Irvin Kershner et Gary Kurtz dont on ne mesure pas suffisamment l’immense influence qu’il a eut sur la première trilogie. Mais cela est une autre histoire. Partisan d’une tournure sombre et dramatique (il a voulu faire mourir Han Solo à la fin du « retour du jedi ») Kurtz n’a eut de cesse de se confronter avec son ami, plus favorable à un univers enfantin et inoffensif (ce qui donnera les Ewoks).

Rachetée par Disney en Octobre 2012 la licence Star Wars a vu ses enjeux commerciaux démultipliés. Il s’agit maintenant d’amortir les 4 milliards de dollars que Mickey a déboursé pour s’offrir l’univers crée par Lucas.

D’où une certaine appréhension mêlée d’excitation à l’annonce du tournage d’une nouvelle trilogie.

 

A la recherche du temps perdu

« Le Réveil De La Force » est la suite du « Retour du Jedi » sorti en 1983 et on sent de suite que le film souhaite rattraper les erreurs passées.

Dirigé par JJ Abrams, qui a déjà relancé la franchise Star Trek au cinéma, le film parvient sans mal à faire de la prélogie un mauvais souvenir en respectant à la lettre les attentes des fans. Soucieux de nous faire revivre les émotions de la première trilogie, le film épouse une trame similaire à celle de l’épisode « Un Nouvel Espoir ». D’où ce sentiment de familiarité et l’immense plaisir que l’on ressent à replonger dans cet univers. C’est Rey, interprétée par la magnifique Daisy Ryley, qui fait office de « Luke Skywalker au féminin ». Intrépide, émouvante elle fait des merveilles dans la peau de son personnage. Enchaînant les scènes d’action à un rythme soutenu, le film nous en mets plein la vue proposant des plans très beaux et faisant un usage intelligent des effets spéciaux grâce à un recours aux effets en dur dès que cela est possible. L’univers est à nouveau incarné et cela fait plaisir à voir.

Dans sa volonté de satisfaire à tout prix les fans, le film se contente trop souvent de copier des scènes entières des précédents films et de nous resservir les mêmes enjeux. D’où cette sensation de bégaiement, de surplace. Rien n’a vraiment évolué depuis « Le Retour du Jedi ». Maladroit dans sa manière de nous révéler des éléments essentiels de l’intrigue, le scénario peine étrangement à nous émouvoir. Cela est flagrant lors d’une scène majeure à la fin du film qui devrait nous tirer les larmes mais dont la portée dramatique est neutralisée par la manière dont elle est amenée et mise en scène. Même la partition du grand John Williams ne décolle jamais (c’est un comble !). Aucun nouveau thème aérien dont il a le secret ne parvient à nous emporter. Les moments musicaux les plus émouvants sont ceux qui reprennent les anciens thèmes.

Étrangement encore, c’est lorsque Han Solo fait son apparition que le film s’enlise, se coupe les jambes, comme englué dans sa volonté de nous ramener en arrière, de nous faire revivre des émotions qu’il est impossible de retrouver. L’apparition de la princesse Léia est encore plus embarrassante. Seul Luke bénéficie d’un traitement digne de ce nom et totalement cohérent. Il est, encore une fois, « Le Nouvel Espoir » de cette nouvelle trilogie. Kylo Ren (interprété par Adam Driver) le grand méchant du film, est trop calqué sur Vador, jusque dans la manière dont il est filmé d’ailleurs. L’acteur s’en sort bien cependant notamment dans les scènes où il a le visage découvert. En quelques plans il parvient à faire ce qu’Hayden Christensen a été incapable de faire en deux films à savoir nous faire entrevoir l’âme torturée de son personnage. Le capitaine Phasma, plus réussi et au look ravageur, aurait mérité plus de présence à l’écran.

Épisode de transition vers une nouvelle génération, ce nouvel opus pêche par ses élans de nostalgie qui l’empêche de jouer à fonds la carte du renouveau.

Définition : Nostalgie : nom féminin – regret d’un passé qui ne reviendra pas.

Fouad Boudar