Etude de moeurs

Présenté comme un « film-série », « Senses » de Ryusuke Hamaguchi serait plutôt une oeuvre unique d’une durée assez folle de plus de 5h. Divisé en 5 parties, le film peut se regarder en une seule fois tant les épisodes s’enchaînent sans qu’il n’y ait véritablement de coupure. Encore faut-il tenir jusque là…
Portrait de 4 amies au tournant de leur existence dans un Japon entre traditions et modernité, « Senses » offre une expérience de cinéma assez inédite puisque le réalisateur fait la part belle aux séquences très longues où l’improvisation d’acteurs amateurs est mise en avant. Le résultat, de ce côté, est assez mitigé. Le quatuor au centre de cette histoire fait de véritables prouesses alors que certains acteurs, notamment les personnages masculins, semblent quelque peu absents. Il est vrai que la culture japonaise ne fait pas trop dans l’expansion des sentiments mais au détour de certaines scènes, on se surprend à voir certains acteurs qui, visiblement, ont l’air de s’ennuyer profondément quand ils ne se livrent pas à une prestation totalement neurasthénique. Autre soucis, la longueur de certains passages, et notamment la quatrième partie, atteignant parfois les 30 à 40 minutes autour d’une seule scène, voire d’une seule idée.

Mais le message véhiculé par « Senses » parvient tout de même à tenir le spectateur en haleine. Rarement, on se sera senti autant immergé dans une culture voir même d’un système de pensées. L’attachement que l’on porte aux quatre héroïnes se dessine au bout de la première scène et on se passionne réellement pour leur quête d’émancipation dans un pays où les mentalités évoluent petit à petit face à une morale quelque peu figée.
« Senses » est un film sur l’individu face à l’image qu’il renvoie dans la société. A plusieurs égards, le film se veut aussi universel dans les nombreux débats et discussions auxquels se livrent les personnages sur des sujets aussi divers que l’éducation, les moyens alloués aux services médicaux, la littérature et la place de l’auteur dans son oeuvre, … Malgré ses longueurs et ses acteurs parfois assez fades, le film de Hamaguchi offre une vision particulière d’un cinéma résolument tourné vers l’avenir.

 
Cyprien Pleuvret-Landy