Rock the Kasbah

5405d438292ab

« A girl walks home alone at night », conte rock’n’roll Persan

« A girl walks home alone at night » d’Ana Lily Kapour fut le premier choc de la quarantième édition du festival de Deauville, trivialement en tant que premier film de la compétition (le film y a remporté le prix Révélation Cartier), plus justement en tant que choc visuel d’un film en noir et blanc d’une belle beauté plastique mais également en tant que choc d’une histoire de vampire originale au cœur d’une Iran stylisée.

Bad City, ville imaginaire Iranienne où les cadavres s’amoncellent à ciel ouvert compte son lot de marginaux qui sont autant de cibles potentielles d’une vampire justicière se cachant derrière une cape/tchador qui a pour mission de nettoyer la ville de ses maux, ou plus précisément de ses mâles les plus pourris. Dans ce quotidien sordide Arash (Arash Marandi) est un jeune homme qui essai de survivre en cumulant les petits boulots pour approvisionner son père héroïnomane, il sera épargné par « La Fille » (Sheila Vand), cette vampire dont Bad City voudrait se débarrasser. L’amour sera-t-il au rendez-vous ?

Film multiculturel. « A girl walks home alone at night » est influencé par l’expressionnisme Allemand autant que par le western spaghetti ainsi que les films de l’âge d’or hollywoodien. Face à ces choix visuels, Ana Lily Amirpour, réalisatrice américaine d’origine iranienne, a apporté un soin particulier au choix d’une musique pop/rock délicieusement rétro, le score participant à l’action. Le tout forme un objet composite, multiculturel, poétique et rock’n’roll, un véritable conte de fée persan, un conte moral.

Métaphore. Ana Lily Amirpour utilise la figure du vampire pour évoquer la place de la femme dans la société patriarcale et machiste iranienne, la transformant en véritable fantôme invisible, tout un symbole. Cette « fille qui rentre seule chez elle à la nuit » ne tuera que des hommes (parmi eux un sans-abri, un dealer …) et se montrera magnanime envers un jeune garçon en se contentant de le mettre en garde de ne pas franchir le mauvais côté de la barrière. Mais la justicière rencontrera Arash et lui accordera la vie sauve.

Envoutant. Arash et La Fille sont deux personnages troublants bien loin des personnages des Twillight et compagnie, Arash possède le magnétisme d’un James Dean, La Fille la beauté d’un ange et la sensualité du diable. Voilà deux personnages attachants au cœur d’un western spaghetti à la Sergio Leone mâtiné par David Lynch et Jim Jarmush. « A girl walks home alone at night » est à la fois hypnotique et Rock’n’roll, un « objet singulier » (voir un « objet plastique ») qu’il faut découvrir en salle obscure et qui encourage à suivre le parcours d’Ana Lily Amirpour, une jeune réalisatrice, qui jusque-là s’était cantonnée au court métrage et dont le prochain long sera une histoire de cannibales texans sur fond de romance post-apocalyptique.

François Cappelliez