Rêves brisés

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Stéphane Demoustier n’est pas un nouveau venu dans le monde du cinéma. Il est l’auteur de plusieurs courts métrages depuis 2009 et d’un documentaire en 2013, « Les petits joueurs », film qui décrit le parcours de trois enfants participant aux championnats de France de tennis de 10-11 ans. Mais avant de passer à la réalisation, il est passé par la case production, avec sa société Année Zéro, société réunissant plusieurs producteurs dont l’un est par ailleurs réalisateur, Guillaume Brac, réalisateur qui a signé plusieurs courts métrages avec un acteur récurrent/fétiche Vincent Macaigne. Pour certains de ses courts métrages, Stéphane Demoustier utilisa les services de sa soeur comédienne, Anaïs Demoustier. La société de production Année zéro a produit plus de vingt court métrages, il est fort probable que les réalisateurs de certains d’entre eux en arrivent à sortir leur premier long d’ici quelques temps, ainsi Cécile Ducrocq, auteur de plusieurs courts métrages

Enfin, Stéphane est le frère d’Anaïs, comédienne au parcours remarquable et déjà fort remarqué.

Si le documentaire réalisé en 2013, « Les petits joueurs » s’intéresse déjà au monde du tennis, il n’y a pas là de coïncidence. Stéphane Demoustier avant de s’investir dans le cinéma gravit les premiers échelons d’une hypothétique carrière de tennisman, il fut plusieurs fois champion de ligue. Mais ce qui a servi de déclencheur à ce scénario, c’est un fait divers survenu il y a une dizaine d’années : un père avec un fils doué pour le tennis qui, lors des compétitions, introduit un somnifère dans les bouteilles d’eau d’adversaires. L’un d’entre eux ne put en réchapper. Le film n’en conserve que peu d’éléments.

A la trajectoire du fils, s’associe celle du père, qui vient d’être remercié du poste qu’il occupait au sein une grande société de distribution à vocation nationale, mais très ancrée dans les grandes surfaces destinées à la consommation à la périphérie des villes de province. En l’occurrence, le Nord, plus précisément Villeneuve d’Ascq, ville nouvelle, proche de Lille, créée à la charnière des années soixante et soixante-dix, qui en l’espace d’un temps très court s’est transformée radicalement. Des champs préexistant, il ne reste rien,… à l’exception d’Auchan. A leur place, surgirent universités, grandes zones commerciales et tertiaires, zones résidentielles et zones de logement pour loyer plus « modérés ». Le film s’inscrit dans ce cadre : le père travaille dans la zone commerciale, la famille vit dans la zone résidentielle, à l’architecture très particulière, qu’il connaissait (pour y avoir vécu) et qu’il a utilisé (pour sa spécificité).

Mais la perte de son poste ne semble pas affecter le père. Il semble convaincu de réussir. Et cette fois seul, en montant son propre projet de distribution.Et malgré les difficultés et les embûches, il s’obstine. Malheureusement, son projet ne prend pas. Il se retrouve seul. Sa femme le quitte. Pendant que le père entame son parcours descendant, le fils est en pleine ascension. Le père de se rapprocher de son fils et même de prendre en main la situation. Le fils va prendre conscience du transfert réalisé par le père. Afin de gagner les matchs, il ira jusque commettre un geste illicite.

Si le tennis est très présent dans le film, il choisira des joueurs de tennis plutôt que des comédiens pour certains rôles, pour accroître le sentiment de réalité, et c’est ainsi pour le choix des lieux, des situations, il faut que cela soit juste. Mais ce n’est pas un film sur le tennis pour autant. Et en choisissant d’imbriquer l’évolution du père et du fils, il inscrit le parcours du fils dans un cadre plus large, dans celui de la société, d’une société marquée par la position que l’on y occupe. Ici, plus précisément les classes moyennes, qui ont fait partie prenante de la réussite économique du pays et qui subit les effets de la crise. Et cette crise économique a des répercussions sur le social, et sur l’intime. Dans le film, la famille ne résiste pas. Elle éclate. Mais pour recomposer et tisser d’autres liens. Les difficultés rencontrées par l’un et l’autre, le père et le fils, leur ont permis de se rapprocher. Et ainsi au père d’assumer véritablement son rôle de père, en transmettant aux fils certaines valeurs.

Une des points forts de ce film réside dans le choix des comédiens effectués par le réalisateur. Qui d’autre qu’Olivier Gourmet aurait pu prendre en charge un tel rôle, à la fois fort et fragile, confiant, et plein de doutes,… Pour la mère, le défi résidait dans le fait qu’il fallait pour le film une comédienne qui, malgré le peu de scènes dans lesquelles elle apparaît, elle devait marquer de sa présence, de telle manière que l’on ne puisse l’oublier dans le reste du film. Valeria Bruni Tedeschi s’en tire à merveille. La plus grande difficulté résidait dans le choix du fils (Ugo), il fallait trouver quelqu’un capable de bien jouer au tennis et de bien jouer la comédie. Stéphane Demoustier a trouvé en Charles Mérienne l’interprète idéal.

Sur la terre battue et rebattue par les pieds des joueurs, se jouent des destinées, et quelque fois vont se briser des rêves.


Christian Szafraniak