Que la force soit avec toi!

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A la première vision, on pourrait trouver le dernier film de Roshdy Zem bien léger. Cela est sans doute dû au ton utilisé. En privilégiant volontairement la comédie, même si elle est bien souvent douce amère,  l’acteur réalisateur ne se veut à aucun moment plus intelligent que son spectateur. A l’image d’un Pierre Jolivet, pour lequel il incarna quelques uns de ses plus beaux rôles, rappelez-vous par exemple «Ma Petite Entreprise», il comprend encore la noblesse du mot populaire. Même si le propos paraît de prime abord simple, il n’en est pas moins  très profond, emprunt d’une grande sagesse, pétri de respect et de tolérance.

Chaque personnage est vrai, naturel, ici il n’y a pas de clichés, pas besoin de tomber dans l’extrême ou le spectaculaire pour cerner, parfois au détour d’une scène, l’âme humaine. L’histoire se passe en grande partie dans le microcosme très particulier du culturisme, et pourtant à aucun moment la caméra ne fait preuve de complaisance. Pas besoin d’étaler des muscles et de solliciter gratuitement la testostérone pour obtenir du sensationnel au rabais, le vrai sujet c’est la difficulté d’un sport, de la frustration et des sacrifices que celui-ci engendre.
Si la violence urbaine est bien présente dès les premières images, par des actes comme par propos  tenus, elle s’estompe en chemin pour ne plus rester qu’en arrière-plan.

Même si le sujet traite des retrouvailles entre un père et son fils, nous sommes loin  ici des habituels clichés du père faisant sa rédemption et gâtant son fils pour rattraper le temps perdu. Certes, Vincent (magnifiquement interprété par Yolin-François Gauvin) a quitté sa famille et même s’il rechignait, au début à héberger son fils Antoine (le toujours juste Vincent Rottiers), il n’en reste pas moins présent pour lui. Point de mea-culpa, pas d’excuses stéréotypés, le père est un taiseux, il ne se perd pas en vaines paroles, n’empêche qu’il va donner, in fine,  une grande leçon de vie à son rejeton. Malgré les apparences,  il n’a jamais abandonné son rôle, il est toujours là, dans l’action et l’aide.

Tout au long du film l’accent est porté sur la difficulté, sur le sacrifice, sur l’entraînement.
Là où est présent la souffrance d’un adolescent, empêtré par les ultimes conséquences de ses bêtises, se situe en  parallèle la souffrance physique du père. Là où Antoine met au pinacle l’argent roi, tellement facilement obtenu par les trafics de toutes espèces, pour le paternel, a contrario  il faut mériter son salaire par un dur labeur. Cette philosophie de la vie est incompréhensible pour le jeune homme, l’investissement de la musculation ne lui apparaissant pas à la hauteur des efforts consentis. Et c’est toute la pédagogie du sportif de montrer qu’il est bien plus enrichissant de se donner un but, de tout faire pour y parvenir, de triompher des difficultés et d’accéder enfin au trésor de la victoire.

Pour conclure, c’est un film d’une très grande qualité, bien tourné, les dialogues sont justes, simples, touchants et portent à la réflexion, à conseiller pour une sortie en famille.

 

MARJORIE LEMAIRE