Quand la victime est dans la salle...

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Cassandra, dix ans se fait kidnapper alors qu’elle rentrait d’un entraînement de patinage avec son père. Huit ans après, des indices troublants suggèrent que la jeune fille pourrait être encore en vie. La police, ainsi que ses parents se lancent alors à sa recherche… ce synopsis semblait annoncer une intrigue des plus captivantes.  Avec Atom Egoyan (qui avait réalisé « Les 3 crimes de West Memphis » avec les incontournables Colin Firth et Reese Witherspoon) aux commandes, le public pouvait se rendre dans les salles plutôt confiant. Rien ne laissait présager une telle catastrophe.

Ce « thriller » bafoue tous les codes du genre : ce qui est censé susciter chez le spectateur une excitation ou une appréhension et le tenir en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue notamment grâce au développement du suspens ne provoque ici qu’irritabilité et ennui. Les différents bonds dans le temps nous sont présentés sans aucune indication temporelle. Si les Romains en perdent leur latin, ici le public en perd le fil de l’histoire : il est très difficile de comprendre la chronologie du film, la plupart des scènes paraissent sortir du néant, sans aucun rapport, que ce soit avec les précédentes ou les suivantes. L’audience passe donc plus de temps à tenter de remettre les séquences dans un ordre plus ou moins juste au lieu de se concentrer sur l’action et les personnages à l’écran.

Les scènes ainsi décousues donnent l’impression que ce long-métrage ressemble plus à un puzzle mal assemblé qu’à une réalisation cinématographique. Ce qui rend l’action bien trop saccadée pour susciter un intérêt quelconque chez le spectateur et rend ainsi toute tentative de développer le suspens infructueuse. Dans de telles conditions, il est également impossible de ressentir de l’empathie pour ces protagonistes, malgré les dures épreuves qu’ils traversent. Et lorsque les trois membres de cette famille sont de nouveaux réunis, on est heureux, certes, mais pas pour les bonnes raisons : cette scène est en effet annonciatrice de la fin du film. Quel soulagement !

Le scénario, lui-même présente beaucoup de défauts. Bien que le sujet abordé soit très sensible et toujours d’actualité, puisqu’il s’agit de la protection des enfants, il est difficile de savoir si le metteur en scène souhaite réaliser une œuvre de fiction ou bien une réelle mise en garde. Il oscille entre l’histoire des parents qui recherchent leur enfant et celle des policiers qui luttent contre les pédophiles qui agissent en ligne. En conséquence, aucun des deux sujets n’est abordé en profondeur. L’avancée de l’enquête concernant la disparition de la petite Cassandra ne nous est pas dévoilée, elle semble même parfois complètement abandonnée… jusqu’à la découverte (miraculeuse ?) de nouveaux indices. Beaucoup trop de questions sont laissées en suspens pour nous offrir une fin satisfaisante.

Dans la série des tentatives ratées, on peut ajouter le rôle de la bande sonore. Toujours dans le but de faire naître l’angoisse, aucune chanson « traditionnelle » n’a été utilisée pour la totalité de cette production. Au lieu de cela, le réalisateur a opté pour une musique plus « classique » et montante pour indiquer l’arrivée d’un évènement décisif : le public est alors sur ses gardes, à l’affût du moindre détail qui pourrait avoir son importance pour la suite et dans la résolution de l’intrigue. Oui mais voilà, rien ne passe ! Ses attentes se trouvent donc être injustifiées. Quand cela se produit une fois, nous sommes en mesure de se demander si nous ne sommes pas passés à côté d’éléments importants. Mais quand cela se reproduit sans arrêt, cet effet sonore n’a plus aucun impact sur l’audience, si ce n’est que cela devient de plus en plus insupportable.

Et que dire de la performance des acteurs… bien que sur le papier le casting paraisse irréprochable avec la présence de Ryan Reynolds (le héros de « Green Lantern » ou encore l’agent Nick Walker de R.I.P.D Brigade Fantôme), Rosario Dawson (dernièrement aperçue dans « Sin City : j’ai tué pour elle ») ou encore Kevin Durand (que l’on a pu voir dans « Noé » aux côtés de Russel Crow) c’est loin d’être le cas. Le jeu est plutôt médiocre et les performances peu crédibles. Ce qui nous laisse en présence personnages caricaturaux avec un « méchant » qui susciterait plus le rire que la peur, un policier agaçant prêt à tout pour arriver à ses fins et convaincu de la culpabilité du père et le « cher papa », qui ne perd pas espoir de retrouver sa fille et que l’on voit tellement de fois dans son véhicule, qu’il a dû parcourir la totalité des Etats-Unis en à peine deux heures.

La véritable « victime » ici n’est pas cette pauvre Cassandra mais bel et bien le spectateur.

Ludivine TOLLITTE