Pour quelques wons de plus

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Ceux qui pensent que le polar made in Korea est un pur produit de consommation courante construit autour d’un scénario basique vont pouvoir réviser leur jugement à l’emporte pièces. «Hard Day » que les plus chanceux ont découvert sur les écrans cannois, dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs, est un démenti formel aux propagateurs de clichés réducteurs. Kim Seong Hoon avoue un penchant certain pour l’humour. Il n’a pas renoncé à son sens de la dérision en s’attaquant à un défi nouveau pour lui, le film policier.

Si votre curiosité universaliste a porté ses fruits, « How the lack of love affects two men » ne vous est pas inconnu. Pour les autres, sachez que cette comédie teintée de relents dramatiques avait en son temps, favorablement titillé les papilles des cinéphages. La jubilation à l’annonce du retour de l’ami Kim avait dès lors étreint les cœurs de nos illuminatis du septième Art. L’attente -huit longues années tout de même- fut à la hauteur de l’espérance. Le second long métrage du maître de Séoul est un pur régal. Comme aux plus belles heures de Claude Chabrol (osons cette parenté improbable), les codes du genre ne sont présents que pour être transgressé. Les passages obligés : scènes d’exposition, introduction de personnages archétypaux, rebondissements sont détournés, amplifiés voire caricaturés.

Mister Kim est un petit malin ! Pas question de perdre son spectateur dès la première bobine. Au contraire : il s’agit de flatter ses futures victimes. Une voiture dans la nuit, une voie suburbaine baignée sous le crachin, un homme au volant… Le dévoreur de pellicules est dans son élément, il se croit être à l’abri des surprises. Mais l’Asiate est fourbe. Si la mise en scène et la structure scénariste sont parfaitement classiques, la machine ne tarde pas à dérailler. Tout s’emballe dans un feu d’artifice d’incongruités. Les chemins de traverse se démultiplient et sans même que les patients ne s’en rendent vraiment compte l’histoire dérape. Les puristes pourraient invoquer un effet foutraque. Ce serait négliger un élément essentiel : cette goutte de comique qui lie la sauce du tragique. La loi de Murphy est le véritable moteur de l’histoire. Pain béni de moult générations de scénaristes, la sentence selon laquelle tout ce qui peut mal tourner va forcément mal tourner est ici appliquée à la lettre. Mais pour réussir ce tour de force et éviter une saturation de mauvais aloi, il fallait faire preuve d’une précision d’horloger. Et c’est le cas. La scène de la chambre funéraire, que nous prendrons bien garde de dévoiler ici, en est un parfait exemple. Car, le réalisateur semble avoir pris rendez-vous avec l’avenir. « Hard Day » est du bois dont on fait les films cultes.

Les moments de bravoure ne manquent pas. Epaulée par une équipe technique qui frise l’excellence, le metteur en scène s’offre de bien jolies digressions. Même s’il laisse à ses collègues ces traditionnelles chorégraphies sanglantes qui marquent de leurs sceaux le tout venant de la production extrême-asiatique, Kim Seong Hoon sait soigner chaque scène. Passant allégrement de la caméra sur l’épaule aux plans larges, il ne néglige à aucun moment la patine visuelle de son œuvre. Tout ceci au service d’une histoire plus subtile qu’il n’y parait. On n’hésite jamais, en effet, à écorner les institutions au détour d’une réplique cinglante ou d’une situation burlesque.

Si vous étouffez en ce début d’année dans un Occident morose et étriqué, nous ne pouvons que vous incitez à prendre votre envol vers la péninsule coréenne. Le voyage vous changera assurément les idées.

REGIS DULAS