Pinsuts

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Depuis que Louis XV a racheté la Corse à la République de Gènes, les autochtones de ce joyau de la Méditerranée ont toujours suscité chez les continentaux fantasmes et fascination. Face noire de cette sidération, la certitude de débarquer dans un monde rétrograde et violent, une faille dans l’espace-temps où le Moyen-Age résiste aux Lumières. De « Colomba » la nouvelle de Prosper Mérimée qui, dès le milieu du dix-neuvième siècle lançait à la face des bourgeois parisiens le spectre immonde de la vengeance clanique jusqu’à la série «Mafiosa » où la bobosphère se délecte à l’évocation des règlements de compte clanique qui ensanglantent tous ces fieffés réacs, cette terre semble être le cauchemar éveillé des progressistes. L’humour s’invite parfois dans ces caricatures simplistes. Moule fondateur du mythe, tendance rose ? Sans doute aucun « Asterix en Corse ». En plein post gaullisme, forme ultime du jacobinisme centralisateur à la française, René Goscinny offrait à ses lecteurs, et ce,  dès la première page, un savant florilège du pays à la tête de maure. Et un mot parait  couronner l’inventaire : susceptibilité. La grande force de Fabrice Bégotti est d’en avoir fait le moteur de sa pochade estivale.

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A partir d’un scénario malin -le choc civilisationnel entre des Parisiens dépassés par les enjeux et des indigènes agacés sur fond d’incompréhension-, l’histoire permet de grands moments de purs délires. On flirte ouvertement vers la comédie classique. De Francis Véber à Philippe De Broca, les mânes des grands réalisateurs français frappent à la porte de nos souvenirs. Mais le ton est résolument moderne. Difficile de nier l’influence du clip, une certaine façon d’accélérer le rythme au détour d’un mouvement de caméra est par exemple symptomatique de la new french touch : le Djamel Bensalah du « Raid » n’est jamais très loin. Les gags et les répliques cinglantes arrivent toujours en rafales. Dans un univers BD assumé, les anti-héros mitraillent le spectateur de clins d’œil référentiels et générationnels de la meilleure eau. Les scories sont vite noyées dans un flot tumultueux. Jubilatoire notamment ce dézingage assumé du politiquement correct. Chiche que la prochaine fois que vous comaterez devant un épisode de « La petite maison dans la prairie » vous repenserez aux Francis !

Le réalisateur a su pour l’occasion s’entourer d’une troupe aussi hétérogène que complémentaire. Venant d’univers artistiques très variés, du théâtre classique à l’impro, chaque comédien apporte sa touche originale et participe à l’ensemble, un long métrage réellement divertissant. Si nous ne devions garder qu’un seul nom, exercice périlleux mais reconnaissons-le pour une fois pleinement assumé, hissons sur l’acmé un Mehdi Sanoun, purement et simplement hilarant. A l’heure où sonne pour lui la quarantaine, il parait de salubrité publique de secouer les metteurs en scène hexagonaux. Ne passez pas à côté du bonhomme, Medi, c’est de la bombe atomique ! Vous rajoutez à cette brochette de formidables acteurs des guest stars top niveau, Jacques Dutronc ou Claudia Cardinale, et vous obtenez un casting cinq étoiles.

Alors si l’envie vous prend de passer un moment sympa, sans prise de tête, si les blockbusters américains de destruction massive vous laissent insensibles, prenez la direction de l’ile de beauté via votre cinéma le plus proche et musclez-vous les zygomatiques.

 

REGIS DULAS