Road-trip familial en France profonde

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Est-ce que ça vous dit une petite balade en voiture entre Paris et la province éternelle ? Non ? Pourtant c’est ce que nous propose Paris-Willouby, une comédie dramatique signé Reynaud et Arthur Delaire.

Les Guilby-Lacourt forment une famille recomposée française, classique du XXIeme siècle. Dans le même foyer, cohabitent le père, la mère, les enfants de l’un et de l’autre, puis le beau-frère. Un soir, ils apprennent la mort d’un grand-père avec qui ils ont coupé les ponts depuis une dizaine d’années, habitant à Willouby. La « petite » famille traverse donc la moitié de la France en voiture pour s’y rentre. Et c’est tout ! Pas de réelles péripéties, pas d’acteurs supplémentaires mis à  part quelques figurants et intervenants,… rien de plus. Paris-Willouby consiste vraiment à nous présenter le trajet Paris-Willouby. Une ville qui, par ailleurs, n’existe même pas mais qui est supposée être dans le massif central. Alors pourquoi avoir choisi un nom de ville inexistant ? On ne le saura jamais. Ce road-movie familial ne réserve aucune surprise, tout est dans le titre.

Pourtant, le casting n’est pas des plus laids ! Isabelle Carré (Se souvenir des belles choses, Entre ses mains, Les émotifs anonymes,…), Stéphane de Groodt (Astérix et Obélix, Supercondriaque,…), Alex Lutz (OSS 117, Paris à tout prix,…) ou encore la belle Joséphine Japy (Cloclo, Respire,…), il y a du beau monde dans la famille Guilby-Lacourt ! Chacun d’entre eux fait le job et campe parfaitement son personnage. Malgré tout, les acteurs n’arrivent pas à faire décoller le film… Pourquoi ?

Un mélange de genre

Eh bien, comme dit précédemment, tout simplement parce qu’il ne se passe rien. Le film consiste en une suite de mini sketchs, entrecoupés par de longues scènes de voiture. C’est pour ça que ce film est un road-movie. Et c’est parce qu’il en est un qu’il est mauvais. Toutes les dix minutes environ, une musique ou une chanson se lance et on assiste à une vue sur la voiture, ses passagers et le paysage qu’ils traversent. C’est le propre d’un road-movie, mais pas d’un film qui se revendique comme une comédie dramatique. Et puis au fond, quel est l’intérêt de filmer la campagne  sous la pluie ? Je n’ai rien contre, mai avouez que les paysages de films du même genre tels que Thelma et Louise ou Little Miss Sunshine sont des plus agréables. Enfin, pour ce qui est de l’humour, censé être le propre d’une comédie rappelons-le, il n’est que trop peu présent… ou trop peu efficace. Les mini-sketchs qui interviennent entre les scènes de route ne sont pas d’un réel intérêt, apportent assez peu à l’histoire et ne sont pas drôle au point de déclencher l’hilarité des spectateurs (loin de là). Enfin, sans vous spoiler la fin, on assiste à une dernière déception : le fait qu’il n’y ait pas de final. En effet, pendant tout le film, la famille fait route vers Willouby, non sans mal, pour assister aux obsèques du grand père. On s’attend alors à une fin originale, surprenante, drôle, ou quoi que ce soit mais en fait non. Ils assistent à l’enterrement, découvre la maison du mort, et c’est terminé.

Le projet datait de 2011, mais a subit des difficultés de production. La faute à un scénario plat ? A l’origine, les réalisateurs avaient écrit une toute autre intrigue qui s’appelait Paris-Willoughby et qui se terminait en Angleterre. Enfin, on ne saura jamais si cela aurait été mieux mais on pourrait s’en douter. Voguant entre comédie dramatique et road-movie, le film n’arrive pas à trouver un véritable genre. Les scènes de routes (road-movie), les mini-sketchs (comédie), la mélancolie du deuil (drame) s’entremêlent mais sont toutes trop peu exploitées. A force de vouloir trop en faire en mélangeant les genres, on obtient seulement des bribes de ce qu’aurait pu être un bon film. Au final, Paris-Willouby est le premier long métrage des metteurs en scène Arthur Delaire et Quentin Reynaud, et on ne peut pas dire que ce soit une franche réussite. S’inspirant de leurs vies personnelles pour écrire le scénario et rendre plus juste les rapports familiaux, les deux jeunes réalisateurs n’arrivent cependant pas à donner davantage de relief à leur réalisation. Espérons que cela ne soit qu’une erreur de jeunesse…

 

Antoine Defives