Parias surdoués

 

L’affiche du film, où l’on voit Iggy pop et Michel Houellebecq assis côte à côte, n’est pas très représentative de ce que contient ce film étrange au propos pourtant très simple. « Rester vivant : Méthode », c’est l’éloge de la folie au service de l’art, les portraits successifs et chaotiques de personnages en proie à des démons intérieurs qu’ils s’empressent de coucher sur papier ou de dessiner. D’une manière plus générale, cet OVNI cinématographique est une ode à l’individu et à sa faculté à sortir des carcans traditionnels d’une société figée dans ses propres représentations. 
Une thématique assez large donc, d’autant plus que le film ne dure qu’une bonne heure. 
 
Pourtant, il faut bien reconnaître que ce « feel-good movie sur la souffrance » se regarde avec un réel plaisir. Le sujet est certes passionnant, bien que trop survolé, mais les cinéastes derrière le projet ne se sont pas contentés de filmer leurs acteurs de manière consensuelle. La caméra, toujours en mouvement, parvient à capter avec brio la dualité portée par chaque protagoniste, entre génie artistique refoulé et fantômes d’un passé honni. D’ailleurs, Iggy Pop et Houellebecq ne sont pas, à proprement parler, les héros de cette histoire. Si le premier se fait le guide spirituel des préceptes portés, à la base, par le second (qui se glisse ici dans la peau d’un personnage inventé), le film trouve une véritable sincérité dans le portrait qu’il fait de trois paumés ayant connu des heures douloureuses et qui, à travers ce film, vont avoir la possibilité de s’exprimer, de se lâcher, d’être eux-même tout simplement. En cela, le message du film se veut vraiment fort, surtout dans une société qui a tendance à uniformiser les goûts, les apparences et les esprits.
 
Malgré tout, si le message véhiculé par le film est intéressant, ce dernier souffre tout de même d’errements scénaristiques assez prononcés. Le film prend une forme chaotique qui fait écho à la folie qui habite ses protagonistes mais qui du coup, ne permet jamais vraiment aux parcours racontés ici, de prendre leur envol face caméra. On peut aussi émettre quelques réserves sur le personnage de Michel Houellebecq, assez caricatural, surtout par rapport aux autres artistes exprimant assez librement leur douleur intérieure.
 
« Rester Vivant » est donc une petite étrangeté à regarder sans modération, un film à la construction particulière qui apporte malgré tout un certain vent de fraîcheur porté par un Iggy Pop toujours aussi fringuant.
 
 
Cyprien Pleuvret-Landy