Oscars en vue !

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Si la seconde guerre mondiale a toujours été une grande source d’inspiration pour le cinéma, l’histoire qui nous est contée dans « Imitation Game » est pourtant injustement méconnue. Car si Alan Turing, mathématicien de génie, a largement contribué au renversement du régime nazi, il aura fallu attendre 2014 pour qu’un cinéaste ne se penche sur cette incroyable histoire. Véritable héros de l’ombre, les agissements de Turing sont longtemps restés secrets, et ce même après la fin de la guerre. En effet, son importante contribution à la victoire des alliés passa presque inaperçue puisque que Turing fût condamné en 1952 en raison de son homosexualité. Ce n’est que le 24 décembre 2013 que la reine Elizabeth II décida de gracier et de réhabiliter officiellement Alan Turing à titre posthume, ce qui poussa le cinéaste Morten Tyldum à se pencher sur son histoire et à nous livrer un film qui risque fort de faire sensation aux Oscars.

Après le désistement de Leonardo DiCaprio quelques semaines avant le début du tournage, c’est donc Benedict Cumberbatch qui s’empare du rôle de Turing avec une aisance assez déconcertante. Car si l’acteur nous avait déjà offert de belles interprétations (la série « Sherlock », « Star Trek Into Darkness », « Le cinquième pouvoir »), il est littéralement habité par le personnage de Turing dans « Imitation Game ». Son investissement, tant physique qu’émotionnel, est digne des plus grands et place directement Cumberbatch aux rangs des meilleurs acteurs de sa génération, aux côtés d’Oscar Isaac ou de Jake Gyllenhaal. Loin d’être caricatural ou poussif, son jeu subtile permet de passer tantôt d’un mathématicien génial et narcissique, à un homme torturé et fragile. Son meilleur rôle à ce jour.

Ses partenaires à l’écran, bien qu’ils soient un peu écrasés par le jeu de Cumberbatch, s’en sortent tout de même avec les honneurs. Keira Knightley apporte une touche de fraîcheur et d’élégance au métrage, tandis que l’excellent Matthew Goode (« Watchmen ») est toujours très juste dans un rôle plus surprenant qu’il n’y paraît. On prend également beaucoup de plaisir à voir de grands acteurs comme Mark Strong et Charles Dance donner vie à des personnages taillés sur mesure pour eux.

L’interprétation solide fait donc la force principale du film puisqu’elle permet d’apporter de la crédibilité à une histoire déjà bien mise en avant via de superbes décors et une reconstitution historique minutieuse. Le contexte de l’époque est très bien retranscrit et ne mise pourtant pas sur le spectaculaire pour nous toucher. Chose rare dans un film ayant la seconde guerre mondiale pour cadre, ce sont surtout les émotions des différents protagonistes qui sont mises en avant et l’on assiste davantage aux conséquences et aux dommages collatéraux de la guerre, qu’à la guerre elle-même. Un point positif, donc, puisque le film ne s’attarde pas à nous montrer des choses que l’on a déjà vues de nombreuses fois au cinéma, et préfère centrer l’histoire sur son personnage principal.

Contrairement à de nombreux biopics récents, « Imitation Game » privilégie un scénario « à tiroirs » à une chronologie plus traditionnelle, se rangeant ainsi aux côtés de « La môme » ou de « Citizen Kane » en terme de narration. Ce procédé dynamise le récit et instaure un suspense assez réjouissant. Quelques rebondissements scénaristiques sont donc à prévoir et l’on se surprend parfois à quitter les sentiers du biopic pour tendre vers celui du thriller.

La mise en scène se veut sobre et discrète pour mieux privilégier les dialogues et le jeu des acteurs. Partant d’une histoire pourtant dramatique, le réalisateur ne verse jamais dans le mélo moralisateur et larmoyant, et se permet même quelques passages acerbes et critiques vraiment bienvenus, donnant une dimension assez inédite de la seconde guerre mondiale. On est bien loin du couplet patriote et victorieux des autres films du genre.

Ajoutons à cela une partition inspirée d’Alexandre Desplat et l’on obtient un film à la forme certes très classique mais dont le fond, inédit et novateur, attire toute l’attention. L’intérêt est donc plus historique que cinématographique, mais cela n’enlève en rien les qualités du métrage. Avec déjà huit nominations aux oscars, espérons surtout que soit saluée l’impressionnante interprétation de Benedict Cumberbatch qui porte presque à lui seul le film sur ses épaules.

Steve Thoré