Esprit d’équipe

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Pour son premier film en 2010 «Le Fils à Jo » qui ne fit pas moins d’un million d’entrées, Philippe Guillard avait choisi pour toile de fond un univers que cet ancien rugbyman et journaliste du service des sports de Canal + connaît bien.  Si nous suivions Jo ce sportif senior qui se met en quatre pour que son fils devienne adepte lui-aussi du ballon ovale, ne vous y trompez pas. Le réalisateur s’attaquait avant tout à l’amour paternel et comment celui-ci peut venir à bout de tous les problèmes.

Pour son deuxième, le scénariste et réalisateur puise à nouveau dans son expérience et dans ce qu’il est. Et même s’il s’en défend, c’est un film de potes qu’il nous livre avec l’histoire de cinq amis aujourd’hui quinquagénaires qui à l’image de la bande de copains de Philippe Guillard à Fontainebleau s’étaient dits  à l’aube de leurs vingt ans « On voulait tout casser ».  Kiki (Kad Merad) est le ciment de cette fine équipe. Lorsqu’il apprend qu’il n’a plus que six mois à vivre, il le cache aux autres. Et si Kiki n’est pas Philippe, il avait aussi un rêve du temps où il voulait tout casser : faire le tour du monde à la voile.  Il vend donc tous ses biens pour acheter l’objet de ses désirs et larguer les amarres.

Ne vous y trompez pas à nouveau. Derrière les scènes de franche rigolade entre potes, les barbecues face à la mer où l’on se rappelle le bon vieux temps, Philippe Guillard s’attaque aussi à nos rêves d’adolescent et comment la vie nous fait parfois les abandonner. Et le spectre est suffisamment large pour que le spectateur trouve matière à l’empathie et flirte avec  une émotion à fleur de peau.   « Elle est où Sarah ? »  – au-delà de son effet comique produit par sa répétition – c’est le non-dit entre ces cinq amis d’enfance : le mal-être de  Bilou (Charles Berling) qui se sépare et le malaise des quatre autres.  Kiki tait son cancer, et là-aussi c’est par l’effet comique d’un malheureux  échange de vestes que Philippe Guillard nous amène sur le terrain de l’émotion. Ces cinq personnages attachants par le non-dit se disent l’essentiel.  Et l’on sent bien que l’amitié et la fratrie tiennent à cœur au réalisateur. Il s’entoure de la même équipe technique, jouant collectif, et  va même jusqu’à donner un fils à Tony parce que son ami Vincent Moscato – il incarnait Jo dans son premier long-métrage – n’a que des filles.

Ce film touche par sa sincérité. Dommage que dans les dernières scènes Philippe Guillard lâche l’option de l’émotion sur le fil du rasoir et préfère les mouchoirs blancs agités se mêlant aux pleurs trop criants. Un domaine où la tension ne baisse pas par contre, c’est la comédie. Et celui qui tire son épingle du jeu, c’est l’acteur Jean-François Cayrey qui incarne Pancho,  marié avec des enfants, fou de domotique.  La scène de l’achat de livres au mètres carré pourrait devenir culte.

Sandrine Monseigny.