On remet le couvert

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Treize ans après la création sur scène de « Repas de Famille », les Toulousains Éric Carrière et Francis Ginibre, alias « les Chevaliers du Fiel » s’attaquent à la version cinématographique de cet immense succès populaire. Grand écran oblige, le duo a dû se séparer d’un certain nombre d’incarnations afin de les confier à des camarades de jeu. Première servie, Noëlle Perna, que les fans connaissent mieux sous le sobriquet de Mado la Niçoise, endosse la personnalité de Bernadette, l’épouse de Bernard. Garagiste peu scrupuleux, chantre de cette droite dite décomplexée, candidat affiché au poste d’édile, le commerçant est bien sûr un des pôles de la planète « Chevalier ». Car le duo comique surfe sur la vague chansonnière qui a fait jusqu’ici sa réussite. La France des auteurs est bipolaire : d’un côté les partisans de la liberté, même si c’est celle du loup dans la bergerie, de l’autre ceux de l’égalité avec comme ambassadeur l’enseignant, quintessence du fonctionnaire égoïste et accroché comme une moule à ses privilèges. L’affrontement, comme sur les planches, s’opèrent à coups de fleuret non moucheté. Bons mots et saillies fusent, à chacun de picorer à sa convenance des phrases cultes qui animeront les débats intrafamiliaux futurs.

La bonne nouvelle du film, c’est que nos deux lascars ont su s’entourer d’une bande afin de donner plus de couleurs à ce camaïeu de rose (comme la ville de Toulouse, leur patrie). Des univers différents se marient avec bonheur. Nous avons déjà parlé de la Nissarte Mado. Il faut y ajouter l’influence de Jérôme Deschamps, représenté ici par Loretta Cravotta mais également par la diversité du nouveau paysage humoristique français. Constance, Artus, Lamine Lezghad apportent leur touche personnelle à l’entreprise et prouvent qu’ils sont bien les têtes d’affiche de demain. Toujours bon enfant, le propos ne sacrifie jamais cependant au politiquement correct. Ceux qui ont eu le bonheur de voir « la brigade des feuilles » savent déjà que populaire ne veut pas dire chez eux populiste. Il y a du La Bruyère derrière l’écriture d’Eric Carrière. Long métrage parfaitement dialogué donc, mais aussi cinéphilique : Jacques Tati n’est jamais très loin. Les fans ne seront pas déçus car ils retrouveront au cinéma ce qu’il leur a tant plus au théâtre. Quant aux néophytes, cette expérience sera la porte d’entrée d’un monde plus riche et plus subtil que ce qu’ils imaginaient. Prenez votre carton d’invitation et asseyez-vous autour de la table ; le repas est servi.

Régis DULAS