De (bonnes) nouvelles de la planète Moll

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Dominik Moll n’était pas égaré dans une quelconque galaxie mais bien sur Terre, même si certaines incursions malheureuses sur des territoires un peu éloignés (souvenons -nous de son “Moine” adapté de l’oeuvre éponyme de Mathew Gregory Lewis, même si le long métrage comporte des séquences dignes d’intérêt) auraient pu nous le faire penser. Est ce le passage par la case série ? Il est l’un des réalisateurs de la série franco-britannique « Le Tunnel », dont le succès lors de la diffusion de la première saison en 2013 a permis la mise en chantier d’une saison 2 en cours de diffusion sur Canal Plus et dont il se retrouve une nouvelle fois aux commandes. Le passage par la case télé lui a en tout cas permis de rencontrer un chef opérateur avec lequel il n’avait pas encore travaillé et de l’entraîner sur cette fiction pour le cinéma « Des nouvelles de la planête Mars », dont le titre permet, sans être un passionné de science fiction, d’évoquer une certaine planète. Philippe Mars vit il sur la planète Mars ? Philippe Mars n’est plus un terrien. Oui. Et non.

A l’instar de ce qui est, à ce jour, son meilleur film « Harry, un ami qui vous veut du bien » (2000), qui lui valut à l’époque les faveurs conjointes de la critique, du public et de la profession, le nouvel opus de Dominik Moll repose sur une rencontre improbable, entraînant la formation d’un duo : dans le cas présent, elle se produit suite à la décision du directeur de la petite boîte d’informatique au sein de laquelle le dit Philippe Mars (François Damiens), informaticien, est chargé d’épauler un collègue (Jérôme, interprété par Vincent Macaigne) en retard dans la finalisation d’un projet. Et cette rencontre avec ce collègue quelque peu extraterrestre va être explosif. Le plan subjectif de découverte du bureau de Jérôme est on ne peut plus révélateur : autant Philippe Mars est ordonné, soigneux, calme, attentif, autant le dit Jérôme est bordélique, lunatique et instable. Leur collaboration contrainte va se transformer progressivement. A tel point que le collègue va finir par s’installer chez Philippe, qui vit seul dans un grand  appartement. Dorénavant, rien ne sera plus comme d’habitude dans la vie très rangée de l’informaticien. Son ex-femme, journaliste politique, doit couvrir un sommet européen à Bruxelles et ainsi confier fils (un ado devenu végétarien porté  sur le prosélytisme) et fille (en Terminale, consacrant son temps aux études, même en présence de son petit ami) le temps de ce sommet. A ce petit monde, va s’ajouter une jeune femme que le squatter rencontrera lors de son passage à l’hôpital psychiatrique, elle aussi souffrant de quelques problèmes psychiques.

A cette accumulation des personnes dans l’appartement va s’adjoindre non sans quelques difficultés non négligeables de cohabitation : chien, chat, grenouilles,… Ce phénomène cumulatif peut se lire également comme un hommage non dissimulé aux Marx Brothers, que Philippe cherche à faire découvrir à ses deux enfants, hélas en vain, en leur diffusant «Big Store » . Or, un des gags les plus célèbres des frères Marx consiste à faire rentrer le maximum de personnes dans une cabine de bateau.

A ce phénomène cumulatif et inflationniste, le réalisateur va intégrer un autre mouvement parallèle non sans lien avec les situations préalables. Le film commence par des plans de Paris la nuit, plans dont la composition et la beauté est le fruit du travail du chef opérateur belge Jean- François Hentgens rencontré, lui aussi, sur la série « Tunnel », se poursuivant par une série de séquences en intérieur (bureaux, appartement, …) dont la fonction est on ne peut plus claire, elles renforcent l’aspect d’isolement dans lequel s’est progressivement installé le héros. Les rencontres « contraintes » de ces colocataires temporaires vont l’amener à sortir de sa claustration  social en s’ouvrant progressivement aux autres. Cette « ouverture » va se matérialiser par un projet d’ attentat. Ainsi ce petit « monde » auquel va s’adjoindre un voisin (ancien chauffeur de l’ex président de la république, Valéry Giscard D’estaing) qui prêtera sa voiture pour sortir de Paris et se diriger vers les Ardennes.
Le film se clôt quasiment sur un véritable feu d’artifice, et ce, dans tous les sens du terme. Est-ce juste une parenthèse ou va t elle vraiment affecter leur vie ? Réponse (peut être) dans le prochain opus d’un réalisateur qui tout en conservant ce qui fait l’essence de son cinéma a su traiter sur le mode de la comédie cette crise d’un quadra urbain.

Christian Szafraniak