Murder ballads

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Privé de festival de Cannes au mois de mai dernier, Bertrand Bonnello s’offre une petite revanche en été sélectionnant au FID de Marseille en juillet dernier avec une commande de l’Opéra de Paris « Sarah Winchester, opéra fantôme », court métrage avec la danseuse Marie-Agnès Gillot et le comédien Reda Kateb, court métrage fort remarqué lors de sa diffusion, film mêlant le fantastique, la grande histoire avec le destin de l’épouse de l’inventeur de la célèbre carabine à répétition. Puis nouvelle sélection au festival de Toronto cette fois avec son long métrage « Nocturama », projet qu’il portait depuis plusieurs années, précisément durant la préparation de « L’Apollonide ». Ce projet s’intitulait longtemps « Paris est une fête », mais son titre fut changé peu avant le tournage en raison de certains événements qui se sont déroulés en France, et particulièrement à Paris. Le scénario ne fit pas l’objet de transformation. Seul le titre disparaissait au profit de « Nocturama », déjà utilisé en 2003 pour un de ses albums. Le titre lui semblait convenir à l’univers du film. Pensant que ce substantif était une pure invention du musicien, ce dernier lui apprit que ce terme correspond à la partie des zoos dans laquelle sont regroupés les animaux à vision nocturne.

Remarqué très rapidement, Bonello alterne longs métrages et courts métrages depuis le début de sa carrière en 1996. C’est le film « Le Pornographe » qui lui permit une certaine reconnaissance, le prix de la critique internationale au festival de Cannes n’y étant pas étranger. Et à ce jour sa filmographie comporte déjà 14 titres.

Comme presque chacun de ses films, « Nocturama » se démarque de la production courante du cinéma français, tant par sa forme que par l’originalité de son propos. Pour ce film ci, il tenait à mélanger des comédiens avec des activistes politiques, à peu près la moitié du groupe des jeunes gens repose sur ce principe. C’était également l’opportunité pour le réalisateur de confronter ses propres idées, ses intuitions, avec ceux qui ont le même âge que les personnages de son film.

Le film est construit de manière très spécifique : une première partie, en extérieurs, dans laquelle nous suivons chacun des protagonistes sans connaître les motifs de leur déplacement et le but. Dans une seconde partie, qui constitue le bloc central du film, on assiste à un huis clos, les jeunes protagonistes se retrouvent tous dans un grand magasin, enfermé. Et nous serons, nous spectateurs, nous aussi enfermés dans ce grand magasin, ne sachant que peu de choses du monde extérieur. Nous adoptons le point de vue des protagonistes, pratiquement sans lien avec le monde : plus de fenêtre permettant de voir l’extérieur, plus de portable, donc plus de communication avec le monde extérieur. Et enfin, la dernière partie, plus violente au cours de laquelle ils affrontent certains symboles de notre monde..

Chaque partie dispose d’une représentation différente : un aspect plus documentaire dans la première partie, lié au déplacements et aux mouvements des personnages. Changement de mode de représentation avec le grand magasin, lieu éminemment en lien avec la société de consommation que nous connaissons depuis quelques décennies. Et dans le lieu, tout leur est permis, plus de frein à la consommation, puisque tout est possible.

Toute l’action du film se déroule sur vingt quatre heures. Le temps est un des éléments structurant le film. La mise en scène tantôt accélère le temps, tantôt l’étire, selon les situations, les personnages. Autre élément inhérent à la mise en scène de ce film, la musique, d’autant qu’elle a été prise en charge par le réalisateur lui-même, avant de faire des études de cinéma, il a commencé par la musique. La musique est de différent type dans ce film : utilisation de musique déjà existante avec une très large gamme : classique, lyrique, variétés, chanson, rock, BO de film (Par exemple celle de John Barry pour « The persuaders », Amicalement vôtre) ou musique composée par Bonello lui-même.

Le film de Bonello n’est pas un film sur le terrorisme, mais une réflexion sur la violence. Et comment des jeunes se retrouver attirer par la violence. Les moments de violence ne constituent pas l’essentiel du film. Mais plutôt le retentissement, la répercussion que peuvent entraîner des actes de violences. Pour cela, Bonello y parvient en utilisant avec une grande intelligence les moyens que lui peut lui procurer le cinéma. Certes, cela demande au spectateur une certaine volition. Mais son assouvissement ne pourra lui procurer que davantage de plaisir.

Christian Szafraniak