Solde de tout compte

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Financé en grande partie par la télévision, notre cinéma en épouse dangereusement les canons esthétiques. Image laide, mise en scène fonctionnelle et ambition artistique inexistante. D’où une profusion de films inoffensifs et fédérateurs prêts à être diffusés à 20h30 après le tunnel de publicités.

Un comble pour le pays qui a vu naître le cinéma.

Cependant, il arrive par moment qu’un miracle se produise par lequel un film trouve son chemin vers les salles pour nous mettre un coup de poing dans la gueule. Night Fare est de ceux-là.

Réalisé par Julien Seri, auteur, entre autres, de Yamakasi et de Scorpion, Night Fare est une proposition réjouissante, hallucinante, dont chaque image respire l’amour du cinéma et du spectateur.

Préparez-vous à prendre une claque.

Nous suivons la virée nocturne de deux amis pourchassés par un chauffeur de taxi qu’ils n’ont pas payé. Au gré d’un scénario habile, cet argument de départ va évoluer vers le Vigilant-Movie pour finir vers tout autre chose ensuite. C’est la grande force du film : de jouer à cache-cache en nous révélant que progressivement sa véritable dimension et profondeur via un dernier acte absolument vertigineux, digne du Sixième Sens de M. Night Shyamalan. Cet exploit, il le réussit surtout grâce à des personnages attachants tous très bien interprétés. Même si un peu caricaturaux, ils parviennent à nous émouvoir notamment à travers le triangle amoureux qu’ils forment qui rend le final encore plus déchirant. Ce sont eux qui nous font entrer dans l’histoire.

Visuellement, le film brille de mille feux. Classieuse et léchée la mise en scène de Julien Seri est immersive, viscérale et nous cloue littéralement à notre fauteuil. Il nous ménage même quelques scènes de violence graphique qui tâchent bien comme il faut. Passant un maximum d’information par l’image le cinéaste prouve encore une fois son sens inné de la narration visuelle et sa maîtrise de l’espace.

Déguisé en slasher du samedi soir, Night Fare donne bien plus que ce qu’il promet pour nous mettre KO, un filet de bave au bord des lèvres.

Fouad Boudar