N'est pas Flaubert qui veut

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« Gemma Bovery » est le 14ème film de la réalisatrice française, Anne Fontaine. 14 films en 20 ans. On ne peut qu’être admiratif devant la régularité, la constance de cette réalisatrice. De plus, elle a fait appel dans chacun de ses films à des acteurs connus, voire très connus. Même dans son premier film « Les histoires d’amour finissent mal… en général.. » puisqu’elle y faisait jouer Sami Bouajila, qui n’était qu’un jeune comédien débutant, il n’avait à son actif que deux films. Elle a créé un personnage que l’on a vu dans deux films « Augustin », interprété par le trop rare comédien Jean-Chrétien Sibertin-Blanc, même s’il figure au générique de l’avant-dernier film d’Alain Resnais mais avec les traits d’un secrétaire de commissaire et rien depuis ! Ici, pour « Gemma Bovery », elle emploie pour la première fois Fabrice Luchini dans le rôle d’un boulanger, Martin, ex-parisien, reconverti un peu malgré lui en boulanger d’un village normand. De ses ambitions, ne lui reste qu’une grande capacité d’imagination, et une passion fort vivace pour la littérature,et tout particulièrement Gustave Flaubert, dont un portrait trône au-dessus de son bureau. Sa vie aurait pu s’écouler ainsi jusqu’au jour où un couple d’Anglais, aux noms singulièrement familiers, vient s’installer dans la fermette située face à sa boulangerie. De plus, ce couple britannique, Gemma et Charles Bovery, semblent agir à la manière des personnages imaginés par Flaubert. Ce qui a pour conséquence de réveiller non seulement la curiosité, l’intérêt mais aussi certains sentiments chez le boulanger.

Ce film est l’adaptation d’un roman graphique qui a connu un certain succès critique et commercial lors de sa sortie. Son auteur, anglaise, Posy Simmons, est l’auteur d’un autre roman graphique, lui aussi porté à l’écran, avec une certaine réussite, « Tamara Drew » par Stephen Frears en 2010. Anne Fontaine résume ainsi son intérêt pour l’ouvrage : « j’ai tout de suite ressenti un a priori favorable pour un roman intitulé Gemma Bovery : le jeu de mot sur un archétype littéraire féminin détourné me semblait prometteur et ludique. Quand j’ai lu le roman, les personnages m’ont intriguée et touchée : j’ai senti leur potentiel comique et leur profondeur humaine, et j’ai été séduite par le ton de l’auteur, entre comédie féroce et formidable ironie. J’ai aussi été sensible à la rencontre improbable entre un boulanger et cette jeune Anglaise d’aujourd’hui qui va infléchir la vie du protagoniste, alors que celui-ci, convaincu que sa libido était sous contrôle, se croyait en préretraite sexuelle et affective ! Le voilà qui part en vrille sur le rapport entre un personnage de fiction – Emma Bovary – et Gemma Bovery. »

Pour interpréter le personnage de Gemma, Anne Fontaine a fait appel à une comédienne anglaise, Gemma Aterton, que l’on a pu voir dans un certain nombre de films, un James Bond, « Quantum of solace » (2008), « Song for Marion » (2012) et surtout « Tamara Drew » dans lequel elle joue le rôle-titre.

Anne Fontaine ne conserve pas tous les aspects du roman originel, modifiant un certain nombre d’aspects, dont la fin, travail d’adaptation qu’elle a effectué avec un scénariste/réalisateur Pascal Bonitzer, dont on aurait aimé voir sa propre vision de Gemma Bovery. Anne Fontaine conserve la sensualité, voire l’érotisme, déjà présents dans le roman, que ce soit au niveau des gestes des personnages (la manière dont Lucchini pétrit le pain), la lumière qui baigne les décors intérieurs ou extérieurs, le cadrage de certains plans (utilisant les fenêtres pour réaliser des portraits de Gemma,),…

Il était évident que le personnage du boulanger amoureux ne pouvait être joué que par Fabrice Luchini, d’autant plus que le personnage est un passionné de Flaubert. Dans le roman, tout comme dans le film, le boulanger devient le metteur des événements qui surviennent à Emma. Et c’est comme si Luchini, qui par personnage interposé, prenait en main la mise en scène du film, délaissée par la réalisatrice.

Si le film se laisse regarder pour différentes raisons : le jeu des comédiens, le plaisir, la sensualité baignant certaines séquences, la fin ne parvient pas à nous captiver. Non parce qu’elle n’est pas tout à fait la même que dans le roman, mais par la manière dont elle est réalisée : trop longue, insistante, avec une musique redondante et absolument inutile.

Christian Szafraniak