La liberté avant tout

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Dans la culture populaire, le mustang est un symbole. Il représente l’animal sauvage, libre, qu’on a voulu domestiquer mais qui a toujours refusé cette soumission. Si Deniz Gamze Ergüven a choisi de nommer son film ainsi, ce n’est pas par hasard. Sonay, Selma, Ece, Nur et Lale, les cinq sœurs turques de Mustang ont soif de liberté et ne veulent pas se plier aux règles que leur impose leur famille. Elles veulent vivre, s’amuser, assister à des matchs de foot comme les hommes et se marier avec qui bon leur semble. Néanmoins, tout ne va pas se passer comme prévu pour elles.

Tout commence par un scandale : au sortir de l’école, les sœurs sont vues en train de jouer dans la mer avec des garçons. Elles sont alors accusées par leur grand-mère, qui les élève, de se « frotter contre la nuque des garçons » jetant le déshonneur sur la famille. Petit à petit, les filles se retrouvent emprisonnées dans leur propre maison, ne pouvant en sortir qu’à condition de porter de longues robes « couleur merde » qu’elles détestent. Le cocon qu’elles formaient commence à se fissurer alors qu’on cherche à les marier de force l’une après l’autre. Mais elles ne se laissent pas faire : Sonay, l’aînée, lutte pour épouser celui qu’elle aime, Ece se rebelle, et Lale, la benjamine, s’obstine à chercher une échappatoire à cette situation.

Les actrices, quasiment toutes novices, semblent touchées par la grâce. Leurs gestes, leurs paroles et leurs expressions sont à la fois douces et sensuelles. Les cinq sœurs, liées comme les doigts de la main, sont d’une beauté désarmante. La réalisatrice dresse un portrait tendre de ces filles, quitte à être trop idéaliste. Mais qu’importe, c’est cette vision romantique qui transporte et touche le spectateur.

Et si le film renvoie une telle sensation de poésie et de mélancolie, c’est notamment grâce à son fond musical qui accompagne parfaitement le récit. La réalisatrice a fait appel à Warren Ellis pour composer les musiques du film. Le musicien australien s’est rendu célèbre en composant avec Nick Cave la bande originale de L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford en 2007. Il n’a pas failli à sa tâche avec Mustang, les musiques sont à l’image des cinq sœurs : à la fois splendides et fortes mais aussi profondément tristes.

    Deniz Gamze Ergüven parle ici de son pays, la Turquie, mais aussi de ses dérives. Elle met en images une société qui reste très traditionnelle et conservatrice tout en insistant sur la beauté du pays. De son propre aveu, elle s’est inspirée de son expérience personnelle et de ce qu’elle a pu voir dans sa jeunesse en Turquie. Le film a obtenu le Prix Label Europa Cinemas de la Quinzaine des réalisateurs. Un premier long-métrage très prometteur pour la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven.

 

Julie Jouhaud