Mon Roi si mal aimé

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Lancée par une superbe bande annonce, uniquement sonorisée par la chanson “Easy” de Son Lux, la présentation de “Mon Roi” nous plonge déjà dans un contexte de tensions et d’incompréhension: le sommet avant la descente, via l’entre-deux que mène un duo amoureux…

Beaucoup d’attentes fébriles s’étaient nouées avant même la sortie du film, c’est donc presque conditionné à voir « UNE PURE MERVEILLE » que l’on se retrouve dans la salle. A la sortie de la projection : certes on n’a pas reçu une claque monumentale comme avec “Polisse”, mais en effet, Maiwenn (“Polisse”, mais aussi auparavant “Le bal des actrices”) sait comment nous parler. C’est avec un tact incroyable qu’elle nous introduit dans la vie d’un couple, en l’occurrence Georgio et Tony, alias Vincent Cassel et Emmanuelle Bercot, qui s’aiment mais sans l’onction de l’eau de rose. Des marginaux en relations amoureuses, avec la description en sus d’un pervers narcissique, et ce, sans le moindre excès et avec le plus grand réalisme.

L’histoire est racontée à travers les flashbacks de l’existence de Tony. Elle est hospitalisée suite à une grave chute de ski ; rupture des ligaments croisés du genou « une partie du corps qui ne se plie que vers l’arrière » dixit l’héroïne, sorte de métaphore illustrant sa tendance à tourner son regard vers le passé, vers son histoire avec Georgio. Passionnelle, joyeuse, équilibrée… jusqu’aux révélations, et au virement toxique.

Nous nous éloignons du reportage, tendance perçue dans ses deux films précédents : description pointilleuse d’un milieu ou un métier, on est plus proche ici de la narration, d’une pure fiction sur une histoire privée, un couple : sujet récurrent dans le cinéma français, mais Maiwenn l’aborde à travers une crudité assumée, insoupçonnée. Pourtant, c’est seulement après une bonne demi-heure que le spectateur perçoit quel est le réel visage des personnages. Leur comportement tient de l’addiction. Notre intellect veut cerner ce Georgio qui change d’attitude d’une nuit à l’autre.

La réalisatrice s’attaque à un sujet sensible qui peut dérouter. Difficile d’éprouver, en effet, de l’empathie envers ce pervers narcissique, beau et détestable à la fois. Emmanuelle Bercot a reçu à Cannes le prix d’interprétation pour ce rôle de femme manipulée, et pourtant heureuse. Si l’hystérie a sa source, nous, témoins, ne sortons cependant ni retournés, ni hystériques à l’issue de la projection du dernier opus de Maiwenn. Dorénavant, tout ce qu’on souhaite c’est que son prochain film sorte au plus vite, car osons le dire, c’est elle notre reine.

JESSICA PAPROCKI