Mon amoureux du Soleil Levant

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« Tokyo Fiancée » est l’adaptation de « Ni d’Eve, ni d’Adam » (2007) d’Amélie Nothomb (« Tokyo Fiancée » étant le titre d’exploitation à l’étranger de l’original francophone), l’ouvrage comme le film complète « Stupeur et tremblements » (1999) (qui au cinéma avait été mis en scène par Alain Corneau en 2003). Si « Stupeur et tremblements » relatait un versant « tragi/comique » de la vie d’Amélie Nothomb au Japon en narrant ses aventures au sein d’une entreprise japonaise et son choc des cultures, l’auteure belge pendant ces événements vivait une belle histoire d’amour avec un japonais, ce qui est l’objet de « Tokyo Fiancée ». « Stupeur » était empreint d’une certaine gravité, « Ni d’Eve » est lui plus léger, plus enjoué, ce qui correspond à l’angle d’attaque de Stefan Liberski, réalisateur de l’opus cinématographique, ainsi qu’aux interprétations de Pauline Etienne et de Taichi Inoue, respectivement dans les rôles d’Amélie Nothomb et de Rinri, son fiancé japonais.

« Tokyo Fiancée » est donc léger, et c’est ce qui fait son charme. Derrière cette légèreté se cache des nuances plus subtiles, comme les mots d’Amélie Nothomb. Adapter l’auteure belge peut sembler facile, la gageure fut d’en adapter les nuances, ce qu’a réussi à faire Stefan Liberski grâce à sa mise en scène où notamment il impose des images mentales. Son film est l’histoire d’une illusion et d’une métamorphose, celle d’Amélie Nothomb qui a vécu son enfance au pays du soleil levant avant de quitter celui-ci, qui s’est toujours sentie japonaise, et qui en tant que telle ne comprends pas qu’elle vive un tel choc des cultures. A travers Rinri, c’est du Japon dont est amoureuse Amélie Nothomb. Ce dont elle a l’appréhension. Dans « Ni d’Eve, ni d’Adam », Amélie quittera Rinri, simplement (avec une promesse de retour), dans « Tokyo Fiancée », elle le quittera en profitant des conséquences du tsunami de 2011.

Amélie Nothomb est une personnalité du monde littéraire volontiers « bonne cliente » des plateaux d’émissions culturelles de télévision, au cinéma elle eut le visage plutôt grave de Sylvie Testut dans « Stupeur et tremblement », son minois est ici celui de Pauline Etienne. L’actrice d’origine belge a réussi à créer son Amélie. La jeune interprète confie qu’elle a préparé son rôle par une écoute attentive de la musicalité de l’originale, ce qui se ressent dans sa composition. Dans « Tokyo Fiancée » le personnage d’Amélie à 20 ans, elle revient au Japon le pays de son cœur, elle est de nouveau cet enfant de cinq ans qui « hier » a quitté son pays, sa candeur se transformera. Le rôle d’Amélie Nothomb dans « Tokyo Fiancée » est un beau personnage à défendre. En ajoutant qu’Amélie/Pauline ne serait rien sans Rinri (saluons la performance d’acteur de Taichi Inoue, ce dernier, Anglais d’origine Nippone, étant non francophone) son côté androgyne contraste parfaitement avec les cheveux courts d’Amélie.

La plus grande partie du tournage de « Tokyo Fiancée » s’est déroulée au Japon. C’est l’une des forces du film. Le pays filmé par Stefan Liberski est loin d’être un Japon de carte postale, c’est un instantané de la vie de l’archipel. Prévu de longue date, le tournage du film qui allait commencer fut perturbé par le tsunami de 2011. Suite à la catastrophe climatique le projet de « Tokyo Fiancée » dut être remonté, il ne pouvait alors plus être le même film et se devait d’intégrer cet événement historique. C’est ainsi que Stefan Liberski montre un Japon qui se replia sur lui-même suite aux événements de Fukushima, la scène où il est demandé aux étrangers de partir est inspirée d’une histoire vraie.

« Tokyo Fiancée » donne envie de découvrir le Japon, il se savoure en regardant les jeux d’acteurs de Pauline Etienne et de Taichi Inoue dans une sorte d’ « Hiroshima mon amour » à l’envers, puisque débutant par une histoire d’amour pour se finir par une explosion nucléaire.

François CAPPELLIEZ