Team Burton

Depuis Big Fish, Tim Burton ne m’enchante plus vraiment. Certes, Charlie et la Chocolaterie (2005)  était plaisant, mais rien d’inoubliable. Puis vint les catastrophiques Alice Au Pays des Merveilles (2010) et Dark Shadows (2013). Big Eyes, sorti l’an dernier, marqua une tentative du cinéaste de sortir de son univers balisé pour proposer un émouvant auto-portrait.

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Ancien animateur Disney, Tim Burton se démarqua par son univers macabre et torturé immédiatement reconnaissable. A priori pas le bon CV pour réussir à Hollywood, temple du spectacle mainstream.

Par miracle, son talent évident lui permit d’accéder à des budgets confortables pour nous livrer des œuvres majeures. Après avoir fait ses preuves aux commandes du Batman de 1989, il enchaîna avec sa trilogie matricielle : Edward Aux Mains d’Argent – Batman Le Défi – Ed Wood. Toute son œuvre est résumée dans ces trois films, sa moelle, son jus, son âme.

Les films suivants n’en seront que des variations plus ou moins réussies.

Le cinéaste passe alors du statut d’anomalie à celui de « loufoque officiel » du cinéma américain. Récupéré par la grande lessiveuse Hollywoodienne il devient une marque, un label dont les films sont invariablement vendus par la formule « Par le réalisateur visionnaire… ».

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Adapté du roman éponyme de Ransom Riggs, Miss Pérégrine semblait taillé sur mesure pour Tim Burton, avec ses personnages marginaux et inadaptés.

Le résultat est décevant et confirme la stagnation  créative dans laquelle le cinéaste de Burbank semble englué depuis quelques années.

Prometteur dans son ouverture, le film retombre vite à plat pour se contenter d’enchainer les jolis tableaux réhaussés à la palette graphique. Enième lettre d’amour aux freaks, mais cette fois-ci adaptée à la sauce super-héros du moment, le film martèle le même message que les premières œuvres du réalisateur. Propre, lisse, il contient ses gimmicks habituels: des actrices avec des gros yeux écarquillés, des créatures étranges et des rayures noires et blanches. Même la musique, pourtant signée à quatre mains par deux compositeurs inconnus, tente d’imiter le ton et la saveur des partitions de Danny Elfman.

Paresseuse et moue du genou, la mise en scène ne fait qu’illustrer un joli livre d’images gâché par des effets spéciaux digitaux parfois douteux comme cette scène finale vite expédiée rendant hommage à Ray Harryhausen.

Du bizarre sous cellophane. L’émotion ne perce jamais.

Seule la sublimissime Eva Green, tellement belle qu’elle me fait souffrir, assure le show. Son jeu subtil et profond nous aide à supporter les 2h07 du métrage.

Essayant inlassablement de reproduite sa magie des débuts, Tim Burton, à l’image des héros de son film, est enfermé dans sa boucle temporelle.

Fouad BOUDAR